La Gniaque

Survivante d'un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006, en rémission jusqu'en 2015 avec des chimios à vie. Je cherche à transmettre de l'espoir à travers mon expérience. Cliquez sur l'image, à gauche.

lundi 9 mars 2009

Biafine

J'ai passé mon weekend en tête à tête avec ma grande chérie de 7 ans, elle était emballée de m'avoir rien que pour elle. Nous avons eu un temps magnifique dans nos montagnes. Samedi, nous avons passé toute la journée sur les pistes. J'avais prévu un pique-nique et je m'étais dit avant de partir, que je n'aurais pas envie de skier toute la journée, je m'écoutais pas mal, j'avais glissé un livre dans le sac-à-dos en pensant m'affaler sur une chaise longue au soleil pendant l'entraînement de ski de 3H de ma championne de fille avec son ski club. Nous avons commencer à skier toutes les deux vers midi et puis j'ai fait comme toutes les autres fois où je me sentais fatiguée, une fois sur les pistes, plus moyen de m'arrêter, j'ai même skié toute seule pendant les 3H de cours et je m'en suis donnée à cœur joie. Un pur moment de bonheur, le ciel bleu, le soleil, la neige de bonne qualité, j'étais en pleine communion avec la nature. Dans ces moments, il n'y a plus de cancer, plus de stress, plus de fatigue, uniquement le plaisir de la glisse. Et le soir, nous sommes allées très vite nous coucher pour une bonne nuit réparatrice.

Autant quand on va skier, je nous enduis tous de crème solaire haute protection et nous sommes légèrement hâlés alors que nous passons beaucoup de temps à skier au soleil.
Autant je me suis faite avoir le dimanche.

Dimanche, nous avions toujours ce beau temps, la neige avait presque fondue partout dans le jardin, les petits oiseaux chantaient. Nous sommes restées dans notre petit hameau montagnard, ma fille retrouvant ses copains et copines, le hameau et ses prairies alentours se transformant en vaste terrain de jeux.
Moi j'ai pu prendre le  bouquin que j'avais emmené skier la veille, je me suis mise dehors, j'avais seulement un polaire, j'ai dû chausser mes lunettes de soleil spécial montagne avec un indice 4 (depuis les chimios, l'indice 3 ne me suffit pas lorsque la réverbération est importante), je me suis installée en plein soleil et j'ai lu mon livre.
Nous ne sommes pas restées jusqu'au dîner, je voulais retrouver mes deux autres chéris restés à Lyon, nous sommes parties en milieu d'après-midi.
Arrivées à Lyon, je me suis rendue compte que nous étions plus rouges que bronzées, nous avons la peau mat, heureusement pour nous deux, je nous ai donc tartinées toutes les deux copieusement de biafine toutes les heures et ouf ce matin je fais super bronzée.
Dire que je suis une fana des lunettes, chapeau, crème solaire, je ne les laisse jamais sortir jouer dehors à la montagne sans cet équipement mis à part le chapeau en hiver et je me suis laissée prendre par l'hiver.
Un point positif, le soleil est vraiment bon, on se serait cru au printemps.

Ce soir quand je vais arriver à mon IRM des seins avec mon visage super bronzé, légère marque des lunettes sur le nez, je vais trancher avec les autres patients en attente, cet après-midi ils ne font que les seins donc je serais entourée de cancer du sein à tous les stades.
Pareil pour mon scanner TAP de jeudi et ma perf, ça sera peut-être atténué, c'est mon oncologue qui va encore me mettre en boîte et demain ma gynéco sera enchantée pour moi.
Elles n'avaient pas été emballées par l'annonce de mon achat à la montagne de notre chalet, heureusement que le psy m'avait lui conforté dans ma décision et rassuré. Je commençais à penser qu'elles ne me voyaient pas avec une rémission bien longue. Maintenant elles voient différemment, je sais même que ma gynéco a parlé de notre maison à la montagne avec ma mère, suivie par elle depuis mon cancer, et qu'elle m'en parle à chaque fois qu'elle me voit. C'est dire comme elle devait trouver cet achat irraisonnable. Maintenant toutes les deux voient que j'échappe un peu aux stats, à leurs pronostics plutôt pessimistes, elles doivent penser que ça doit être positif pour moi et mon cancer et c'est justement ce que je pense.

Avec mon teint décalé, promis si j'en vois au désespoir ce soir, je tenterais de les rassurer et de leur raconter mon cas sauf si ce sont des récidives, ce sont elles qui ont à m'apprendre.
Plusieurs fois j'ai rencontrée une femme atteinte d'un cancer du sein, elle avait la bougeotte comme moi, débordait d'énergie comme moi, ça faisait 14 ans qu'elle avait son cancer du sein, avait vécu 11 récidives et revenait juste d'un voyage aux USA. Ça c'est une belle leçon pleine d'espoir. C'est pourquoi j'aime échanger avec les anciennes, une récidive n'est pas une fin en soi. Il faut juste continuer à se battre et à avoir la gniaque.

En parlant de biafine, juste une petite annecdote très bête :

En vacances au ski, l'année dernière, nous n'avions pas encore notre chalet, nous étions chez des amis. Ils sont super sympas mais elle est très directe, pas psychologue pour deux sous, et sort très souvent des énormités. Elle était infirmière dans un lointain passé, ça fait bien 10 ans qu'elle n'exerce plus.
Comme tous les soirs après le ski et plus particulièrement quand il fait froid, ma fille aînée qui n'a pas hérité que de mes cheveux mais aussi de ma peau sèche a besoin d'être hydratée à haute dose sinon sa peau est rugueuse, affreuse.
Je m'étais munie de biafine pour ce séjour et après sa douche, me voilà en train de la tartiner généreusement de biafine sur le visage. Mon amie connaît parfaitement mon parcours, c'est elle qui le plus souvent m'a dépannée pour les gardes des filles pendant mes rayons et mes perfusions d'herceptine. Elle rentre à ce moment dans la salle de bain, elle s'occupait de ses filles, elle s'arrête interloquée en me voyant mon gros tube de biafine à la main. Je la regarde attendant la suite.
Et là elle me sort une énormité dont elle a le secret: "Tu ne sais pas que la biafine c'est cancérigène?"
Pas sûre d'avoir compris "Quoi, qu'est-ce que tu veux dire?"
elle assume et enfonce le clou: "je reçois toujours des revues médicales et j'ai lu un article qui mettait en garde contre la biafine, c'est prouvé, ça donne le cancer"
Je reste quelques secondes à méditer, je suis assidue à "Les impatientes", si un article y aurait fait allusion, Karine l'aurait mis sur "Les impatientes", avec tout le temps passé à lire des infos sur le cancer et tout ce qui va avec, j'aurais forcément lu ce fameux rapport entre biafine et cancer.
Je lui réponds: "mais tu sais, c'est un cancérologue qui m'a prescrit la biafine pour les rayons, tous les cancéreux ont de la biafine à appliquer après les rayons et plusieurs fois par jour"
Là super méga énormité de sa part: "Ils ne risquent plus rien, ils ont déjà le cancer"
Je n'ai rien dit, elle avait quand même semé le doute dans mon esprit, je lui ai dit que j'allais suivre ses conseils et que j'allais lui mettre une autre crème hydratante.

A mon retour à Lyon, j'en ai parlé à mon oncologue, à la pharmacienne, j'ai cherché partout sur internet et j'ai pu être rassurée. La biafine n'est pas cancérigène sauf si on s'en tartine partout sur le corps et qu'on se met au soleil aussitôt ensuite, elle amplifie les UV et on risque alors de bruler au soleil et comme toute brulure au soleil, ça peut entraîner un cancer de la peau.
Je ne suis pas stupide à ce point, je sais qu'il ne faut pas mettre de la biafine si on va au soleil ensuite. C'est pour ça que j'en mets le soir ou à Lyon le matin comme ce matin avec ma peau d'indien puisque je suis enfermée toute la journée au boulot en face de mon PC.

Parmi tout ce que j'ai pu entendre comme énormité sur le cancer, je crois que je tiens le pompon!!!

Je vous mets une petite photo de notre hameau enneigé, vous comprendrez mieux ce que je peux y trouver :

hameau
 

Posté par IsabelleDeLyon à 12:50 - A parcourir : ma Pensine - Commentaires [0] - Permalien [#]
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