La Gniaque

Survivante d'un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006, en rémission jusqu'en 2015 avec des chimios à vie. Je cherche à transmettre de l'espoir à travers mon expérience. Cliquez sur l'image, à gauche.

lundi 26 octobre 2009

Je ne veux pas qu'on me prenne en pitié

Mon mari C. et moi continuons à prendre des cours de salsa, tous les mercredis soirs. Nous adorons y aller, nous retrouvons les mêmes personnes. Nous avons sympathisé avec la plupart dont un couple que nous avons même invité aux 40 ans de C.
A la salsa, personne ne sait que j'ai eu un cancer à part un couple d'amis plus anciens, nos anciens voisins qui ont été très présents pendant les pires épisodes de cette maladie. Ils sont médecins tous les deux, très discrets, je sais que je peux compter sur eux pour ne pas ébruiter cette partie de ma vie.
J'ai décidé que je voulais que personne de mes cours de salsa ne sache rien de mon cancer. La salsa, c'est mon échappatoire, je vide mes tensions, j'y vais pour me changer les idées, décompresser, m'amuser.
Je suis partie en vacances sans mon mari cet été pendant trois semaines. Quand l'un de nous reste seul, il continuer à aller aux cours de salsa, c'est ce qu'il a fait.
A la rentrée, quand nous sommes venus à notre premier cours, ce nouveau couple d'amis m'a accueillie avec le sourire mais elle, elle avait une nouvelle attitude envers moi. Elle insistait en me regardant droit dans les yeux pour savoir comment j'allais, en voulant savoir si j'avais pu me reposer. Elle était trop prévenante. Je me suis doutée que C. avait lâché le morceau, j'étais en colère après lui. J'ai attendu la fin du cours. Nous sommes sortis et je lui ai demandé s'il avait parlé de mon cancer à ce couple. Il a commencé à nier avec le regard fuyant.
J'ai insisté et il a fini par avouer. Il discutait justement de moi avec notre couple d'amis médecins et notre nouveau copain s'est immiscé dans la conversation. Il a poursuivi la discussion et c'est comme ça qu'il a appris que j'avais eu un cancer. Forcément il a dû en parler à sa chère et tendre et la voilà à me prendre en pitié.
Je ne suis pas certaine de sa version, il peut aussi leur en avoir parlé directement, de toute façon, le mal est fait, ils savent.
Je me suis un peu emportée, je lui ai signifié que je ne voulais pas de la pitié des gens. Il avait l'air étonné. Apprendre que j'ai un cancer fait changer le comportement des gens, leur regard n'est plus le même et je ne veux pas de ça dans un lieu où je vais pour me divertir.
Il était sincèrement désolé. Je lui ai signifié qu'il pouvait avoir besoin, lui, de se faire plaindre mais qu'il choisisse des personnes avec qui je n'ai rien à voir, des collègues, des copains de son sport.
Depuis, cette copine continue à être trop gentille. Je sais que ça part d'un bon sentiment mais je me sens ramener à mon cancer quand on fait preuve de tant de compassion à mon égard. Je viens pour m'amuser, pas pour être dorlotée.
J'espère qu'avec le temps, ça lui passera et je suis certaine que C. gardera sa langue la prochaine fois.

En attendant, nous progressons et nous aimons chaque semaine un peu plus la salsa.

salsa

Posté par IsabelleDeLyon à 16:43 - Cancer : mes proches - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

    comme je comprends;-))

    ds mon nouveau travail, je n'ai parlé à personne de mon fichu pb de santé: je ne veux surtt pas être étiquetée, et j'espère ne jamais devoir en parler.
    ça aide aussi à tourner, un peu, la page!
    Aussi je comprends bien ta réaction, Isabelle ... tu écrivais ailleurs que tu te "réappropriais", j'aime le terme, très exact, on se rassemble à nouveau, ça passe par de peties choses, dt le maquillage, sentir son corps fiable ds le sport.

    Je n'ai plus de pbs de cils, mais mes sourcils ont depuis eur repousse une ligne différente et qques trous (taxol? AC?, je penche pour le Taxol et l'effet d'accumulation, plus l'Arimidex).

    Je peux te conseiller le silicium organique, de chez Vita Sil par exemple de chez Dexsil,en boutiques bio c'est du Ch3 Si(OH)3,formule chimique d'un composé qu'on a ds le corps, ça se boit et ça améliore, paraît-il, la peau, les cheveux et ongles, les articulations et la fatigue.
    Moi c'est pour ces deux dernières raisons que je le prends: je remarque en effet que je suis très fatigable nerveusement et physiquement depuis 2 ans surtt, effet de saturation d'Arimidex je pense.

    Sinon la vie ça va, qques soucis ds mon nveau boulot, mais ... c'est la vie, avec des ados de 12 à 16 ans, pas tjs facile (j'en "ai" 65... en tt, ds 3 classes!), sympas mais pas tjs disposés à suivre avec attention mes cours de français langue étrangère!!

    Bisous de Suisse
    Isabelle

    Posté par isasuisse, mercredi 28 octobre 2009 à 08:24
  • Pourquoi pas ?

    De mon côté, tout le monde à mon boulot sait, toutes les mamans, les maîtresses, etc, car c'est le genre de nouvelles qui va vite, tu le dis à une, et le lendemain, ..., mes voisins aussi, en fait, je l'apprends parfois au détour d'une conversation. 'Ah, tiens, elle aussi elle sait.' Mon compagnon l'a pas mal dit de son côté, c'était important pour lui au moment de la nouvelle, de ne pas le garder pour lui.
    Mais je ne vois rien qui me contrarie dans le regard des gens, et ça n'a jamais été le cas même pendant ma période turban. Je crois même que c'est tout le contraire, il y a eu des gens qui sont venu spontanément me dire un petit mot, ou alors j'ai eu des sourires à la sortie de l'école, ... Pour moi, c'était que du positif.
    Quand j'ai repris mon boulot, très peu de gens m'en ont parlé, j'ai repris ma place et vogue le navire.
    Je crois qu'on vit vraiment tous très différemmment le regard des autres.
    Ha si, juste une fois, j'ai eu une voisine qui m'a fait la liste de tous les cancéreux qu'elle connaissait, ça oui, je m'en serait bien passée )))
    Bonne journée
    Méli

    Posté par Mélilotus, mercredi 28 octobre 2009 à 10:32
  • Tant que c'était récent, que c'était visible sur moi (foulard, cheveux trop court, teint jaune), que ma vie quotidienne en était affectée (rayons) les gens ne pouvaient pas ignorer mon cancer et je ne faisais rien pour le cacher. J'avais même besoin qu'on sache pour qu'on comprenne ce que j'endurais.
    Maintenant que j'aspire à donner un sens à ma vie, à en profiter, je mets le cancer de côté autant que possible et je veux en parler le moins possible dans ma vie de tous les jours. Je ne l'occulte pas, il fait partie de ma vie mais je réserve ça à mon blog, à mes amis, aux intimes. Je ne veux pas que des connaisances le sachent, ils ne pourraient pas me comprendre mieux, au contraire, je pense que la plupart aurait un regard qui me gênerait. Quand j'en parle à une personne qui n'est pas encore au courant, c'est le signe d'une très grande confiance de ma part, que je l'intègre dans mes intimes.

    Posté par IsabelleDeLyon, jeudi 29 octobre 2009 à 10:59

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