La Gniaque

Survivante d'un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006, en rémission jusqu'en 2015 avec des chimios à vie. Je cherche à transmettre de l'espoir à travers mon expérience. Cliquez sur l'image, à gauche.

mardi 9 novembre 2010

Être égoïste, c'est bon pour la santé

J'ai toujours été pleine d'empathie. Je suis vraiment douée pour écouter les autres, se mettre à leur place et le pire c'est que je le fais spontanément.
Je suis l'aînée de quatre enfants, j'ai toujours été habituée à m'en occuper et à les prendre en charge. Je soulageais ma mère dans cette tâche à sa demande mais j'étais heureuse de le faire. C'est moi qui les emmenais au cinéma, qui leur achetais leurs paires de chaussures, ma mère me confiait l'argent. Je surveillais leur travail scolaire, je leur lisais des histoires, je les promenais dans les musées, je les emmenais dans des fast-food. C'est moi qui leur ai appris à skier. Nous habitions Toulouse. Le collège organisait des sorties ski le mercredi, je m'y suis inscrite et avec l'aide de quelques accompagnateurs, j'ai appris à skier toute seule. J'ai alors demandé à mes parents de nous y emmener le dimanche et j'ai appris à ma sœur et à mes deux frères les techniques de base pour dévaler une pente et peu à peu nous avons progressé ensemble. J'ai ensuite pris le relais, une fois le permis en poche, nous partions tous les quatre pour une journée ski et puis nous avons fait quelques stages de ski par la suite avec des vrais cours.
J'étais LA grande sœur. Ma mère pouvait partir avec mon père plusieurs jours. Je m'occupais de tout et je le faisais avec le plus grand sérieux. J'étais leur baby-sitter. Je me souviens qu'alors âgée de 12 ans, j'étais déjà seule une soirée avec mes frères et ma sœur, le petit dernier avait quelques mois. Attention je n'étais pas Cosette, je n'étais pas à plaindre mais j'ai toujours aimé rendre service. Faire plaisir à ceux que j'aime me procure toujours du  bonheur.
Lorsque mon père a eu le cancer, tout naturellement, c'est encore moi qui ai tout géré. J'allais voir les médecins, je lui rendais visite tous les jours, je m'occupais de ces sorties le week-end, il venait chez moi. Toute la famille défilait chez moi dès le vendredi soir. Je gérais les repas pour tout le monde, c'était naturel, personne ne se serait posé de questions à ce sujet.
La veille et le jour de Noël, c'était encore et toujours chez moi mais comme tout le monde venait de loin,  je devais organiser l'intendance sur plusieurs jours, enceinte ou pas.

Et puis j'ai eu le cancer.

Pour la première fois, j'ai manifesté ma fatigue. En fait, cette fatigue physique a été un déclencheur. J'ai pris conscience que je voulais toujours faire plaisir aux autres mais que je m'oubliais. Je ne tenais pas compte de ce que moi j'aurais aimé faire, j'aurais eu besoin.
Ce cancer s'est accompagné d'une grande remise en question de mes priorités, du sens que je voulais donner à ma vie et j'ai décidé que j'allais devenir un peu plus égoïste.
Malgré les demandes, les tentatives de chantage affectif déguisé, Noël se fait désormais à la montagne. Nous nous retrouvons tous les quatre, mes deux filles, mon mari et moi. J'achète tout chez Picard ou équivalent pour le réveillon et le jour de Noël. Nous allons skier ces deux journées, nous dînons à un horaire qui nous convient à nous. Nous allons au lit en fonction de notre fatigue et pas pour faire plaisir. Nous nous offrons nos cadeaux. Je profite des trois êtres qui me sont le plus chers au monde. Je reviens de mes vacances, reposée, bronzée sans aucune rancune envers ceux qui auraient dû m'aider et qui n'ont rien fait... De vraies vacances où j'ai pu me recentrer sur moi et ne pas avoir l'impression de donner sans contrepartie.
Désormais j'aime toujours autant faire plaisir mais je me fais plaisir à moi en priorité et j'ai appris à dire non pour ne plus faire passer leur intérêt avant le mien.
Je ne vais plus aux repas de famille. Je n'aime pas perdre ma journée dans le brouhaha ,à manger trop, à écouter les mêmes monologues pendant qu'on plante mes filles devant la télé pour les faire tenir tranquilles. Je préfère voir les personnes que j'aime quand j'en ai envie et pas pour des occasions imposées. Je ne veux plus me sentir obligée ou en tout cas le moins possible. J'en retire un immense sentiment de bien-être. Je me sens beaucoup plus légère, plus libre.
Mercredi dernier, c'était l'anniversaire de ma fille aînée J. Elle a eu 9 ans. Ce week-end, ma sœur et son mari venaient chez nous. Ma mère et mon petit frère habitent Lyon. Tout le monde m'a fait comprendre que ça serait bien et même normal de faire un repas de famille. J'ai refusé et pourtant on a argumenté. J'ai tenu bon. Je n'avais absolument aucune envie de courir samedi pour faire les courses, encore moins de passer mon dimanche à préparer un déjeuner, à déménager mon salon en ajoutant une table, des chaises, nous aurions été nombreux comme toujours, jamais moins de dix.
Ma mère a pris le relais, elle allait le faire chez elle. Je n'ai pas voulu. J'ai proposé un goûter-champagne pour le dimanche après-midi. Ça me faisait plaisir de voir tout le monde, de discuter, de fêter ensemble les 9 ans de ma puce et ça ne me donnait pas de travail puisque j'achetais les gâteaux et ma fille en faisait un.
J'ai pu m'occuper de moi dimanche matin, prendre mon temps sans aucun stress, ne pas me mettre la pression pour que tout soit prêt. J'ai pu profiter de ma famille dans des circonstances qui me convenaient.

J'ai agi pareil dans toutes les sphères de ma vie. J'ai décidé de passer plus de temps à me faire plaisir. Nous faisons régulièrement des soirées entre copines ou des restos le midi. J'ai aussi repris la salsa avec mon mari depuis que mon bras est en état. J'ai décidé de m'octroyer du temps le midi pour aller faire du sport dans une salle de gym, tant pis je termine un peu plus tard certains soirs et c'est une baby-sitter qui va chercher les filles à l'école au lieu de leur maman. J'ai arrêté de vouloir tout assumer, trop en tout cas, j'ai appris à déléguer davantage.

Parfois le naturel revient au galop, cet été alors qu'on ne m'avait rien demandé, j'ai cru bien faire, j'ai voulu rendre service et je me suis compliquée l'existence pour rien. Je n'avais qu'à m'en prendre à moi-même. Je retiens la leçon, je deviens égoïste et j'arrête de vouloir devancer les besoins des autres. Je perds beaucoup moins d'énergie, de temps et je suis moins déçue par la réaction des personnes à qui je pensais faire plaisir.

Je vous rassure, rien ne peut me rendre plus heureuse que de voir mes filles radieuses. Mais avec mon mari et mes filles, je ne suis jamais déçue.

Alors vous aussi pensez un peu plus à vous, apprenez à dire non et vous verrez comme vous vous sentirez plus libre.

zen

Posté par IsabelleDeLyon à 13:59 - Cancer : mes proches - Commentaires [5] - Permalien [#]
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Commentaires

    Bien d'accord

    Isabelle je te rejoins tout à fait.
    Ce n'est pas toujrous évident mais c'est pourtant le bon chemin...

    Posté par marie L, mardi 9 novembre 2010 à 22:08
  • Bien d'accord, mais en fait ben, je me sens trop coupable si je refuse quelque chose à ma famille..

    Posté par Tili, mercredi 10 novembre 2010 à 22:47
  • Chapeau !

    Non, Isabelle, ce n'est pas de l'égoïsme !
    Pas facile en effet, alors chapeau à toi, franchement. Noël en cercle restreint par exemple, j'en rêve, mais comme Tili, je n'ose pas dire non.
    Bizzzz

    Posté par Mélilotus, vendredi 12 novembre 2010 à 08:57
  • oh oui!!!

    Comme je t'approuve) surtt en fin de we où on a reçu mon frère avec sa famille, je suis heureuse mais claquée ... je crois que je vais m'inspirer de ton post ...Tili et Méli, on se lance?? moi non plus je n'ose pas trop!! Alors si on ose ensemble))), ça sera plus facile.
    Isabelle (de bonne humeur mais super heureuse d'être de nveau en famille restreinte!)

    Posté par isasuisse, dimanche 14 novembre 2010 à 16:29
  • C'est fou ! Ton post j'aurais pu l'écrire.
    Tout pareil, l'ainée qui s'occupait de tout le monde, éduquait, accompagnait pendant que les deux parents travaillaient. L'habitude pendant toutes ces années d'être là pour tous et la culpabilité de ne jamais en faire assez. Puis le soutien financier, la culpabilité d'être celle qui s'en est le mieux sortie financièrement (grâce notamment à des sacrifices que les autres n'ont pas fait) et la difficulté à dire non... jusqu'à cet été. Une amie m'a dit : "Tu es là pour tous, mais qui est là pour toi ? Tu dois apprendre à te préserver et à dire non !"
    Depuis que j'ai découvert le bien-être qu'on éprouve à ne pas se contraindre je revis. Moi aussi je m'impose moins de corvées, je délègue et moi aussi je m'accorde des moments que je culpabilisais de prendre auparavant et surtout je dis NON !
    Non à 40 personnes à la maison à Noël (avec tout le stress que ça génère) car j'ai la plus grande maison, non à prêter de l'argent par l'énième fois parce que les gens sont cigales et qu'ils comptent constamment sur la fourmi, non non non non et purée que ça fait du bien ! Maintenant je consacre mon énergie en priorité à mes enfants et à ceux que j'aime et que j'ai plaisir à voir.

    Et du coup, les OUI se font de bon coeur.

    Posté par Névrosia, lundi 22 novembre 2010 à 21:14

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