La Gniaque

Survivante d'un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006, en rémission jusqu'en 2015 avec des chimios à vie. Je cherche à transmettre de l'espoir à travers mon expérience. Cliquez sur l'image, à gauche.

mardi 21 décembre 2010

Il y a de l'ambiance dans la salle d'attente...

Jeudi dernier, j'avais rdv avec mon oncologue en fin de matinée. Lorsque je suis arrivée, comme toujours, j'ai été accueillie par les secrétaires. Elles sont toutes souriantes, agréables et donnent le sentiment qu'on est une personne, pas une simple patiente. Elles ont toujours un petit mot gentil, s'encquièrent des nouvelles de ma petite famille. J'aime ce premier contact, je me sens en territoire connu, c'est très sécurisant et je pense que c'est l'effet cherché. Je suis allée dans la salle d'attente. C'est une pièce fermée par une porte pour assurer la confidentialité des appels passés par les secrétaires. On ne les entend pas. Elle est climatisée, dispose d'une grande fenêtre laissant passer beaucoup de lumières. Des fauteuils en cuir confortables sont à notre disposition. Ils sont alternativement rouges ou noirs. La plupart sont occupés mais j'en trouve toujours au moins un pour m'asseoir et prendre mon tour dans la file d'attente. Sur tous les murs, sont accrochés des tableaux déparaillés, production artistique des nombreux patients. D'autres attendent dans un coin, au sol, qu'on les expose à côté des autres. En ces périodes de fêtes, je sais que les oncologues reçoivent de très nombreux cadeaux. Témoignages de l'immense gratitude de toutes les personnes qu'ils soignent avec tant d'humanité. Je n'ai amené du chocolat que la première année. Lorsque j'ai vu les piles de boîtes redistribuées ensuite au service de chimio ambulatoire, aux secrétaires pour en faire bénéficier les patients, j'ai compris que c'était inutile. D'autres femmes amènent des gâteaux maison pour les infirmières. Nous nous sentons tellement redevables devant leur compétence, leur gentillesse que nous essayons de les remercier par ces petites attentions.
Depuis le début je suis suivie en oncologie médicale, pas en sénologie, autrement dit, on ne m'a pas confié à un spécialiste du cancer du sein mais à celui des métastases, avant même les résultats de la biopsie.
Une fois refermée la porte de cette salle d'attente derrière moi, au lieu de trouver un calme relatif, je me retrouve en plein milieu d'une conversation entre pratiquement tous les patients. Ils sont entre 5 et 10 et ce sont les femmes qui échangent. De toute façon un seul homme attend et à sa façon de respirer, je suppose qu'il a un cancer des poumons. En général, dans ce cabinet, ne se trouvent que les cancers du sein, du poumon et de la prostate, parfois du pancréas mais c'est plus rare et évidemment tous sont passés ou passent par un stade avancé de la maladie.
Je m'assois, écoute ce qui se dit. Elles parlent de leurs chimios, des effets secondaires si lourds à vivre, les comparent. Je réagis lorsqu'une vieille habituée déclare que les chimios lui ont rendu l'odorat plus fin. Je me retrouve à échanger avec toutes ces femmes, parfaitement inconnues mais tellement semblables. Nous abordons la construction. Je parle de mon expérience dont je suis si satisfaite. Et puis nous passons comme toujours aux sujets plus graves. La vieille habituée prend pour plus de 1.000€ de morphine par mois, explique comment elle doit se les procurer, en faisant attention à ne pas se les faire dérober par un drogué. Nous enchaînons sur l'argent, toutes ces sommes que nous devons débourser de notre poche pour nous soigner. Nous n'avons pas toutes une bonne mutuelle et ici, nous sommes dans un hôpital privé pratiquant les dépassements d'honoraires en chirurgie. Puis peu à peu, ces patientes sont appelées une à une.
Un gag survient. Mon oncologue, une femme à peine plus âgée que moi, très dynamique, ouvre la porte et appelle Mme D. Deux femmes se lèvent et se dirigent vers elle. Elle les regarde successivement l'une après l'autre, étonnée mais les deux continuent à venir vers elle. Elle répète, j'ai appelé Mme D. uniquement. Rien à faire, les deux arrivent devant elle. Elle en laisse sortir une, retient l'autre d'une main amicale et tente de la repousser dans la salle d'attente, en lui disant "Je reviendrai vous chercher dès que j'ai terminé avec Mme D. en attendant, retourner vous asseoir". Rien à faire, l'autre reste muette mais tente de se dégager et de sortir de la salle. Mon oncologue très surprise, la retient un peu plus fermement, la regarde droit dans les yeux et le plus gentiment possible lui dit qu'elle doit retourner s'asseoir. Et l'autre de répondre "mais laissez-moi passer, j'ai rdv". Je suis hilare, je viens de voir l'autre oncologue derrière la mienne lui ayant fait un signe d'invite. Je m'écris "mais cette dame a rdv avec M. M.". Mon oncologue rit aussi de soulagement après cette situation complètement incongrue, récupère sa patiente, laisse sortir l'autre dame et referme la porte. Nous ne sommes plus que trois. Le monsieur qui respire difficilement, une dame qui l'accompagne, certainement son épouse et moi. La dame conclut "Il y a de l'ambiance aujourd'hui".
Je suis bien d'accord avec elle, pour une fois, cette longue attente était particulièrement animée. C'est assez fréquent les échanges entre les patientes mais entre deux ou trois femmes, pas en faisant participer toute la salle d'attente et ce gag pour terminer, ça m'a bien amusé. D'ailleurs rien que de l'écrire, j'en rit encore.

Posté par IsabelleDeLyon à 09:37 - A parcourir : ma Pensine - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

    Le temps, les aléas et l'expérience m'ont appris que sourire, s'ouvrir, parler avec les gens surtout dans les moments... creux mais angoissants dédramatisaient, rendaient la vie différente, plus douce... On peut faire de belles rencontres en se laissant aller à partager un moment avec un, des inconnus!!!

    Posté par Anne, mercredi 22 décembre 2010 à 12:48

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