La Gniaque

Survivante d'un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006, je suis en rémission avec des chimios à vie. Je cherche à transmettre de l'espoir à travers mon expérience. Cliquez sur l'image, à gauche.

dimanche 13 mars 2011

Flash'Blog : mon article sur la femme, le cancer et le travail

Le Flash'Blog était annoncé comme un blog éphémère. Il vient de terminer sa courte existence après avoir connu un franc succès qui nous a toutes les cinq largement récompensées pour l'énergie que nous y avons mise. Il est encore accessible mais vous ne pourrez plus lire nos cinq articles, seulement les références à son sujet dans les médias.

Je tiens à remercier Catherine et Catirosi qui sont à l'initiative de cette belle idée et qui ont eu la gentillesse de me proposer de m'associer à ce projet. L'objectif était de faire parler de nous, nous les femmes atteintes d'un cancer du sein, à l'occasion de la journée de la femme. Rappeller qu'une femme en meurt chaque minute dans le monde et tenter de changer le regard qu'on peut porter sur nous. Toutes les cinq nous avons formé une belle équipe. Nos écrits se complétaient et nos différences dépendant de nos personnalités et de nos vécus du cancer enrichissaient ce blog.

Voici les liens vers les articles qui se trouvaient sur le Flash'Blog ou à défaut vers les blogs des 4 autres participantes du Flash'Blog :

Catherine
Prévention, dépistage, traitements : des droits de femmes

Catirosi
Faible en avancées, fort en clichés, le cancer du sein :
un cancer si féminin.

Brume d'Avril
Couple et Sexualité, ou quand le cancer du sein s’en mêle

Cerize
I l faut que je vous parle

Je vous recopie ci-dessous ma contribution à ce Flash'Blog. Mon article avait pour sujet la femme malade dans le milieu professionnel.


Cancer du sein : la femme malade dans le milieu professionnel

La journée de la femme permet de rappeler chaque année les inégalités que subissent les femmes au travail tant au niveau de la rémunération, à compétences égales, elles sont moins bien payées que les hommes, qu’au niveau des évolutions de leurs carrières.

Les postes à responsabilité sont davantage occupés par les hommes que par les femmes et plus on monte dans la hiérarchie, moins ça s’arrange, les femmes se raréfient à tel point qu’il a fallu légiférer pour enrayer la mainmise des hommes sur les conseils d’administration.
Ce n’est jamais sans conséquences pour la carrière d’une femme de s’arrêter quelques mois pour un congé maternité, son retour au travail ne se fait pas toujours dans de bonnes conditions. Elle peut être pénalisée pour avoir délaissé son activité professionnelle. Mais lorsqu’une femme doit s’arrêter à cause d’un cancer, son devenir professionnel s’ajoute à longue liste des déconvenues que le cancer ne va pas manquer de lui faire vivre.

Pour souligner toutes les difficultés professionnelles liées à la survenue d’un cancer, je vais vous parler de moi. Mon expérience n’est pas un cas isolé. J’ai osé croire en moi, ce n’est pas si évident que ça, on ressort toujours fragilisé d’un cancer et le milieu professionnel n’est pas là pour vous faire de cadeaux.

J'ai 39 ans, je suis mariée, j’ai deux enfants. Je suis ingénieure en informatique dans la fonction publique mais j’ai eu un cancer du sein métastasé au foie en 2006.

Je considère cette activité comme un challenge perpétuel. Ce que je faisais voici 5 ans est complètement obsolète aujourd'hui. J’aime ce métier pour la satisfaction intellectuelle que j'en tire.
Je l’exerce depuis plus de 15 ans. J’ai juste fait deux pauses de quelques mois, fin 2001 et début 2005, pour donner naissance à mes filles. Je n'ai jamais eu envie de devenir mère au foyer. Je ne me sens pas pleinement épanouie dans ce rôle même en multipliant des activités associatives. Côtoyer des personnes, avoir un rôle social extérieur au foyer ne me suffit pas. J'ai besoin de me sentir stimuler intellectuellement, de retrouver des personnes qui partagent la même passion de l'informatique, avec qui je peux échanger, apprendre, évoluer dans ce domaine.
Je suis très indépendante. Je ne peux pas me sentir à la charge financière de mon conjoint, avoir le sentiment même inconscient de devoir rendre des comptes. Je suis aussi très prévoyante et d’avoir un emploi rémunéré me rassure. Mon père est décédé d’un cancer laissant derrière lui ma mère et mon plus jeune frère. Je sais que la vie peut se révéler imprévisible, mon salaire me rend plus sereine face aux aléas de la vie.
Tous ces facteurs sont entrés en jeu dans ma décision de continuer à travailler malgré mon nouveau statut de mère.

Lorsque je suis arrivée dans cette division informatique après un déménagement, en 1999, j'ai aussitôt été nommée adjointe à la chef de l'un de ces services.
Mes deux absences prolongées lors de mes congés maternité n'ont pas eu de répercussion sur mon travail, ni sur les responsabilités qui m'étaient confiées. A chacune de mes deux reprises, j'ai retrouvé mon poste à l'identique avec la même considération. Je devais juste me remettre dans le bain, rattraper le fil des évolutions et c'était reparti comme avant mon absence. Mes collègues m'avaient rendu ce qui me revenait sans tenter de m'en déposséder.

Et puis, en avril 2006, alors que j'avais 34 ans, on m'a diagnostiqué un cancer du sein métastasé au foie.

Je n'ai pas caché la nouvelle à mes collègues. Lorsque je pensais n'avoir qu'un cancer du sein, je savais que j'en avais pour 9 mois de traitements entre les cures de chimiothérapie, les rayons et la chirurgie. Mon absence allait être beaucoup plus longue que lors de mes deux congés maternité. Et puis je n'étais pas du tout dans le même état d’esprit, le bonheur devant l'arrivée imminente d'un bébé était aux antipodes de l'abattement dans lequel me plongeaient ce cancer du sein et les lourds traitements qui m’attendaient. Lorsque j’ai appris que j’avais des métastases, je n’étais plus certaine d’être un jour à nouveau apte à travailler.

J’ai fait la cruelle expérience du désintérêt total pour mon état de santé de certains collègues. Quelques uns, des femmes, m’ont témoigné leur sympathie, j’ai senti de l’empathie pour ce que je vivais. D’autres que j’imaginais très proches de moi n’ont pas donné le moindre signe de vie, aucune manifestation d’un quelconque intérêt à mon égard. J’en ai été blessée mais le cancer fait vivre de nombreuses expériences similaires avec des membres de sa famille, de ses amis que l’on pensait intimes. Ces désillusions sont encore plus douloureuses lorsqu’elles concernent des proches. J’ai bien été obligée de ne pas me laisser trop envahir par ces déceptions. Ma principale préoccupation était de rester en vie, d’espérer passer encore quelques années avec mes filles et mon mari.

Au bout d’un an, mes traitements lourds s’achevaient, j’étais déclarée en rémission complète, j’allais recevoir un traitement ciblé par perfusion toutes les trois semaines à vie. Je tolère bien herceptine, j’ai peu d’effets secondaires, je mène une vie quasi normale mais j’étais incapable de reprendre une activité professionnelle dans l’immédiat. J’avais besoin de récupérer au niveau physique, j’étais très fatiguée, ainsi qu’au niveau psychologique, j’étais très fragile. Je devais retrouver confiance en moi, prendre du recul vis-à-vis du cancer, me réhabituer à vivre avec moins d’angoisses. Cette situation de pas tout à fait guérie, pas tout à fait malade est très perturbante. Elle nécessite de changer tous ses repères, de repartir sur de nouvelles bases pour retourner à la vie normale.

J’étais très inquiète car je savais que mon poste ne pouvait m’être conservé que pendant un an or j’avais besoin de 6 mois de plus. Mon directeur m’a soutenue et j’ai pu reprendre plus tard sans perdre mon poste.
Je me posais aussi beaucoup de question sur mes capacités intellectuelles.
J’avais l’impression que ces traitements, ce cancer, ces angoisses, cette vie au ralentit avaient altéré ma mémoire, ma concentration. Je me demandais si j’allais m’en sortir dans mon activité professionnelle avec cette mémoire qui flanchait. Je m’étais aperçue que je n’arrivais plus à me concentrer longtemps sur une tâche. Mon esprit était volatile, allait d’une pensée à une autre.
J’ai décidé de me faire confiance, je n’étais pas devenue plus stupide. J’espérais que le manque de pratique empirait cet état de fait et que j’allais réussir à faire mon travail comme autrefois et tant pis si j’allais devoir prendre plus de notes. L’essentiel était d’y arriver.

Concernant l’organisation familiale, j’ai présenté à mes filles que j’allais être moins disponible pour elles puisque je retournais travailler mais qu’il fallait le prendre comme un signe positif. Ce retour à la vie active témoignait d’un retour à un état de santé sans inquiétude.

Et puis le grand jour est arrivé, j’ai repris ce chemin tant emprunté lorsque j’étais en bonne santé. Je suis allée travailler. J’ai retrouvé mes collègues, mon bureau, mon ordinateur. J’ai été très bien accueillie. Ils ont organisé un pot pour fêter mon retour. J’étais très touchée de cette attention.
Mon directeur m’avait laissée entièrement libre du choix de mes jours, de mes heures de travail pour ce mi-temps thérapeutique. Il avait ajouté que le plus important était que je prenne mon temps. Je l’avais trouvé humain, je n’avais pas mesuré ce que ça pouvait sous-entendre.

C’est alors que les déceptions sont arrivées et n’ont fait que s’ajouter. Tout était trop beau pour être vrai. Je n’étais plus adjointe. J’étais rétrogradée, je n’étais qu’un élément du service. Aucune de mes responsabilités, aucun des projets dont j’avais la charge ne m’ont été restitué. J’ai mis ça sur le compte du mi-temps, mon manque de disponibilité.
En même temps, j’étais soulagée de n’avoir aucune pression, de pouvoir reprendre à mon rythme. Je voulais tellement éviter toute source de stress, j’avais encore tellement peur que cette permission de vie normale me soit enlevée à tout instant.
Le temps a fait son œuvre, j’ai repris confiance en moi. Mes capacités étaient intactes. J’ai commencé à avoir le sentiment que j’étais sous-employée et qu’il fallait que ça cesse. J’attendais la fin de ce mi-temps thérapeutique comme la fin de cette mise en quarantaine mais ça n’a pas été le cas. Rien n’a évolué malgré ma réintégration à temps normal.
J’en ai parlé à mon responsable en vain.

placard

J’ai pris conscience que ce n’était pas mon temps de travail qui était à l’origine de ce nouveau plan de carrière. J’étais cataloguée malade, cancéreuse, je faisais peur, j’étais mise au placard, je n’étais plus bonne à rien. J’ai pensé faire un signalement à la Halde mais ça n’aurait rien changé. J’allais davantage me faire remarquer et je n’avais pas besoin de ça. J’ai pensé me contenter de ce poste mais plus le temps passait, plus je m’ennuyais dans mon travail. J’ai vraiment réalisé que si je ne faisais rien, je continuerais à végéter dans ces nouvelles fonctions. Je devais réagir. Un autre poste me tentait bien mais je n’osais pas encore.
C’est alors que j’ai reçu un mail émanant de la chef de ce service m’informant que justement ce poste était vaquant, que toutes les demandes en interne seraient les bienvenues.
Je me sentais à la hauteur de la tâche mais je désespérais de convaincre que je pouvais être la bonne personne. J’ai rassemblé mon courage et j’ai postulé. Elle était ravie de ma candidature, a dû se faire aider d’un autre responsable pour faire capituler mon directeur. Le besoin était urgent et j’étais la seule à pouvoir prendre ces fonctions rapidement.
Elle est venue m’annoncer la bonne nouvelle. J’étais aux anges.
J’ai changé de bureau, j’étais très attendue. Celui avec qui je travaille en binôme s’est mis à ma disposition pour répondre à toutes mes questions, pour me montrer tous les rouages de mes nouvelles fonctions.
J’ai aussitôt adoré ce que je faisais. J’étais tellement satisfaite de ce nouveau poste, tellement emballée par ce métier. Je ne voulais surtout pas décevoir ceux qui m’avaient confiance. Je voulais aussi me prouver que j’étais toujours capable d’apprendre, de changer.

Ça fait un an que je suis à ce poste. Je n’ai pas regretté une seule fois d’avoir changé. Plus je découvre ce poste, plus j’aime ce que je fais. Je suis aussi motivée qu’un jeune fraichement sorti des études.

Ce cancer a eu des répercussions néfastes sur mon emploi. J’ai décidé de ne pas baisser les bras, de ne pas subir ces évènements mais d’en profiter pour rebondir, pour réagir. Le cancer m’a fait prendre conscience que je devais être actrice de ma vie dans tous ses aspects. J’ai décidé de ne pas me poser en victime et de me faire confiance. J’ai changé d’orientation professionnelle, histoire de prouver à tout le monde et à moi avant tout que ma vie continuait.

S’accomplir en tant que femme c’est croire en soi avant tout. Il ne faut jamais écouter ses détracteurs, ceux qui nous donnent perdantes avant même d’avoir fait nos preuves. On doit se donner les moyens de faire ce qu’on aime quelques soient les épreuves que la vie nous réserve.

IsabelleDeLyon. 
2006 : cancer du sein métastasé au foie. Tumorectomie, chimios à vie, radiothérapie. En rémission à ce jour.


Je vous mets ci-dessous l'extrait de l'émission de France Inter parlant de notre Flash-Blog, histoire d'en garder une trace :


Commentaires

    bonjour,

    je vais mettre le même com's que chez catherine !!!

    vous avez la gniaque toutes les 4 !!! bravo pour cette belle initiative !

    Posté par prettyzoely, lundi 14 mars 2011 à 12:52
  • Bravo à vous 5, vous avez été superbes

    Posté par Tili, lundi 14 mars 2011 à 13:01
  • Qu'il est bien écrit et tellement vrai ton article Isabelle!
    Tu as su t'adapter, vivre avec le cancer et vivre une nouvelle vie professionnelle.
    Tu as imposer tes choix, c'est très bien et tu peux être fière.
    Je t'embrasse

    Posté par paule, mardi 15 mars 2011 à 09:16
  • Tu vois, je perds mon poste à la rentrée, mais je suis certaine de rebondir! En te lisant, je vois des similitudes, poste placard, la HALDE, etc etc...
    Je pense fort à toi .

    Posté par Paola, mercredi 13 avril 2011 à 16:30
  • Isabelle, je suis contente que tu persévéré. J'ai repris le travail trop tôt après mon traitement contre le cancer, et a dû réduire mes heures pendant une longue période. Maintenant, je travaille 80% à temps plein, ce qui est suffisant, et mon travail est toujours le même. Je suis un thérapeute physique, il est donc un travail exigeant. J'ai lutté avec la fatigue, et je suis encore en train de reprendre toutes les autres activités, j'ai dû mettre en attente. Je suis reconnaissant que je n'ai jamais perdu mon assurance maladie. Mais c'est la même chose dans les femmes américaines ne connaissent pas leurs droits en milieu de travail ou de leurs employeurs ne respectent pas ces droits. La charge financière est très difficile. J'espère que tu continuere à être bien.

    Posté par Kathi, mercredi 27 avril 2011 à 16:24

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