La Gniaque

Survivante d'un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006, en rémission jusqu'en 2015 avec des chimios à vie. Je cherche à transmettre de l'espoir à travers mon expérience. Cliquez sur l'image, à gauche.

lundi 13 juin 2011

J-3 avant d'être mineure pour 24H

Vendredi dernier, j'ai eu ma visite médicale avec un anesthésiste. Il se peut que ce soit lui que je retrouverai jeudi mais rien de certain. Je dois dire que je suis un peu blasée par les questions qu'il devait me poser, l'impression de me répéter et le sentiment qu'elles sont inutiles. En effet j'ai eu plusieurs anesthésies plus longues et sans aucune complication. Tout s'est toujours bien déroulé. Et puis j'avais rempli le très long questionnaire qui lui était destiné contenant déjà mes réponses.

Dans des occasions pareilles, lorsque j'ai le sentiment que nous jouons chacun un rôle, lui le médecin obligé de poser ces questions, moi la patiente détentrice des réponses qui pourraient jouer un rôle dans le choix de l'anesthésie pratiquée jeudi prochain, j'aime bien sortir de ce cadre figé. Histoire que nous arrêtions de ressembler à des perroquets, que nous échangions réellement, que nous sortions de ce cadre figé du jeu des questions et des réponses.

Il me demande si j'ai déjà eu des problèmes avec mes reins, mon foie .... Je lui réponds aucun à part des métastases. Ben oui, quand même ce n'est pas anodin. D'ailleurs il le note sur sa fiche. C'était déjà écrit sur le questionnaire que j'ai rempli.

Il veut savoir si j'ai des allergies au latex, gant, préservatif... On me l'a tellement posée cette question, à chaque perfusion en hôpital avant de piquer mon pac. Heureusement aucune allergie de ce type, pas la peine de rajouter des complications, ça l'est déjà bien assez à mon goût.

Il me demande si je n'ai pas de problème de santé. Je trouve que j'en ai un et de taille, un cancer. Je le lui dis.
Je le trouve un peu à côté de la plaque dans un hôpital qui traite essentiellement des cancers. Il m'apprend qu'il est remplaçant.

Je lui soumets ma seule requête, qu'on ne me pique pas le bras mais le pac. Je ne supporte plus qu'on me pique le bras. Il ne veut pas. Il a une bonne raison, il m'explique que trop de gens vont avoir des produits à me passer dans les veines, trop de manipulations autour de mon pac, trop de risques pour cette zone sensible qui doit désespérément rester stérile. Il me propose qu'on badigeonne ma main d'Emla lors de mon admission à l'hôpital le jeudi matin. J'accepte, je ne suis plus à ça près.

Nous nous quittons, il me rend des papiers qu'il aurait dû conserver et il me remet une liste d'instructions à respecter.

Comme je vais avoir une anesthésie générale mais en ambulatoire puisque je rentre le matin et ressors le soir, il m'avertit que je serai comme une mineure pendant 24H. Il est écrit ce que je ne dois pas faire et je trouve certains points tellement absurdes que je vous en fais profiter :

Je ne suis pas autorisée à partir seule, ni à conduire pour mon retour pour une distance supérieure à 50km ou équivalent à 1H de route. Ce qui signifie que comme j'habite à moins de 50km, je peux conduire...

Pendant les 24H suivantes :

  • Je ne dois pas rester seule. Ça tombe bien ma soeur reste avec moi toute la journée du vendredi, ensuite, mon mari sera aussi à mes côtés.

  • Interdiction de conduire. Un peu contradictoire avec la première instruction qui ne limitait mes déplacements qu'à 50kms ou 1H.

  • Je ne dois pas utiliser un appareil potentiellement dangereux. ??? je ne compte pas utiliser un robot ménager et me mettre à faire de la cuisine en sortant de l'hôpital.

  • Interdiction de boire de l'alcool.

  • Je ne dois pas prendre des décisions importantes, car ma vigilance peut être diminuée sans que je m'en rende compte. Ce point m'a bien amusée mais mon mari a insinué que des proches pourraient utiliser ce moment de faiblesse pour faire signer des papiers ou je ne sais quoi en leur faveur sur des personnes plus fragiles.

Je m'amuse comme je peux avec mes petites misères, je préfère en rire. Encore deux journées et je retourne sur le billard. Je suis prête à aller me faire taillader et à reprendre, à la rentrée, la direction du cabinet de mon chirurgien spécialisé en reconstruction pour réparer tous les dégâts. Quand on aime le bistouri, on ne compte plus les opérations...

Certaines d'entre vous ont préféré, dans des situations similaires, se faire enlever le sein par précaution et me l'ont conseillé. Je pense que nous sommes toutes différentes dans notre préhension du cancer même si de nombreux points communs ressortent de nos tourmentes. Je tiens à mon sein et je préfère le garder tant qu'il ne met pas ma vie en danger. J'accepterai qu'on me l'enlève quand on ne pourra pas faire autrement, quand mon oncologue et ma gynécologue opteront toutes les deux pour une mastectomie. Il ne faut pas oublier que mon cancer s'était généralisé. Il était sorti du sein. Je peux avoir des cellules cancéreuses endormies ailleurs dans mon organisme. Enlever le sein ne serait pas forcément la solution pour empêcher le cancer de refaire son apparition.

Mais là pour le moment, il ne s'agit pas de cancer, seulement de cellules d'hyperplasie mammaire atypique. Mon sein ne sera pas sacrifié pour ça. Pour un méchant cancer oui, certainement, mais pas pour ces atypiques. Il vaut davantage. Je ne suis pas terrifiée par ce qui m'arrive, je n'ai pas besoin d'augmenter des protections en me faisant enlever les seins. Ça viendra peut-être un jour mais actuellement, cette annonce d'opération m'a seulement fait ressentir une très grande lassitude à l'idée de défaire ce que j'avais fait, la reconstruction, et que je devrais refaire l'année prochaine pour être, peut-être encore une fois, défait un jour. Ce sentiment de ne jamais atteindre le rivage est usant. Pas grave, je viens de reprendre des forces, je suis prête à refaire ce chemin. Je me suis fait une raison. Avec le cancer, on est obligé de s'adapter même à ce qui pourrait nous sembler intolérable quelques mois plus tôt par manque de choix.

Je reviendrai vous raconter la suite de mes aventures hospitalières. J'attends surtout l'analyse de ce qu'ils vont m'enlever. J'aimerais bien entendre du positif et ne pas repartir pour un autre enchaînement médical indésirable.

medecin-fou


Commentaires

    j'adore la photo!!!......
    plein de petites fées pour t'accompagner vendredi.
    bises
    Martine

    Posté par Halize, lundi 13 juin 2011 à 23:24
  • Toutes mes pensées t'accompagnent
    Vendredi prochain, c'est moi qui répondrait à ces mêmes questions, je penserai d'autant plus à toi

    Posté par Tili, mardi 14 juin 2011 à 09:30
  • Je penserai fort à toi. Bisous !

    Posté par Névrosia, mercredi 15 juin 2011 à 21:26
  • je pense à toi

    Tu seras ds mes pensées demain, je pense que j'aurai la même attitude/mon sein, je comprends parfaitement.

    Je t'appuie les pouces pour que ce ne soient que qques cellules juste un tt petit peu atypiques, mais pas tant que ça, enfin tu vois ce que je veux dire, le minimum syndical.
    Hauts les coeurs, Isa, on est avec toi
    Bisous
    Isabelle

    Posté par Isasuisse, mercredi 15 juin 2011 à 23:16
  • Tu y es aujourd'hui.
    Je commente peu mais je te lis.
    Juste aujourd'hui j'avais envie de te dire que je pensais à toi.

    Posté par Mamanlit, jeudi 16 juin 2011 à 10:01
  • Je pense très fort à toi, j'y crois. Il ne peut pas gagner partout, ce maudit!
    Affectueuses bises.
    Francine

    Posté par bulle, jeudi 16 juin 2011 à 15:37
  • Plein de pensées de la part du lectrice assidue.
    Félicitations pour votre géniale gniaque!

    Posté par buik, vendredi 17 juin 2011 à 01:33
  • pensées positives

    isabelle

    je penserais a vous ce jour mes pensées vous accompagnent
    nallie

    Posté par nallie, vendredi 17 juin 2011 à 10:36
  • amitiés, pensées..que du positif, quoi!

    Posté par natacha, vendredi 17 juin 2011 à 13:46

Poster un commentaire