La Gniaque

Survivante d'un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006, en rémission jusqu'en 2015 avec des chimios à vie. Je cherche à transmettre de l'espoir à travers mon expérience. Cliquez sur l'image, à gauche.

mardi 4 décembre 2018

Désabusée - désillusions

Je vous avais laissés sur un article chargé en amertume en début d'année 2018. D'ailleurs je pense que c'est une des raisons pour lesquelles j'écris de moins en moins souvent. Je me sens pleine de révolte face à ma vie forcée avec le cancer et je n'ai pas envie de m'épancher dessus car je vis très mal au quotidien toutes les répercussions. Pour certaines j'en prends pleinement conscience seulement maintenant, je croyais trop au monde des bisounours, les désillusions sont rudes.

En janvier dernier, on m'a bien diagnostiqué un cancer de la peau, un carcinome basocelullaire, conséquence des rayons reçus dans cette zone 11 ans auparavant. Ce cancer n'est pas agressif, il ne fait pas de métastases, il se contente de rester sur la peau. En enlevant toute la zone cancéreuse, sa progression est stoppée. Ma dermato a semble t'il tout enlevé et dans cette zone qui était encore sans cicatrice, maintenant j'ai une espèce de cercle de la taille d'une pièce très moche.

Au boulot, devant mes protestations face à une discrimination liée à mon handicap, on m'a laissée tranquille. J'ai pu reprendre ma vie professionnelle là où elle en était. C'est à dire à peu près nulle part.

Je vous avais prévenus, je suis de plus en plus remontée.

Le combat contre mon cancer, la récidive, l'enchaînement des opérations avait au moins un mérite, ne pas me laisser le temps de trop réfléchir. Là à force de me prendre des coups, je suis aux aguets, je scrute tout et mes constats sont très amers.

Mon travail me plaît, mais à cause de mes absences répétées pour mes traitements et pour mes opérations en 2015 et 2017, presque tous mes collègues ont l'impression que je viens en dilettante, mes supérieurs aussi apparemment et seul compte le constat de mes absences, pas d'empathie, pas de bienveillance, je suis un fardeau, j'occupe un poste sans fournir le travail qui devrait aller avec. Je ne m'étais pas rendue compte de cette perception négative à mon égard, je suis une vraie gentille pleine d'optimisme qui voit toujours le bon côté des choses et ça m'a fait occulter le côté mauvais des gens.
Ca m'est tombé dessus très violemment d'ailleurs.
Je pensais que mes qualités pourraient au moins compenser mais elles ne sont que normales dans le monde du travail, pas mes absences.

Un exemple concret assez perfide même si heureusement tous n'ont pas des réactions aussi négatives à mon égard.
La secrétaire de mon service était tellement minée de devoir saisir sur un outil qui la rebute mes arrêts maladie toutes les trois semaines, tâche trop ingrate pour ses illustres compétences, qu'elle m'a prise en grippe et a commencé à me dénigrer, sympa non ?
Surtout que je n'ai rien vu venir encore une fois.
Pour vous dresser le tableau de ma gentillesse crétinité : à son arrivée voici quelques années, 5-6 ans, j'avais lancé une collecte auprès de ma division pour qu'on lui offre des fleurs afin de la remercier de si bien s'occuper du service.
Donc à cause de la charge de travail que je lui causais à moi toute seule, elle a décidé qu'il fallait sévir. Elle a comptabilisé tous mes arrêts, a relancé la hiérarchie pour qu'on me supprime des jours de congés. J'ai découvert au passage qu'avec le temps de travail anualisé, on avait un nombre de jours fériés, un nombre de jours de congés d'office appelés ARTT (attention à ne pas confondre avec les RTT) mais qu'à partir d'un certain nombre de jours d'arrêts maladie sur l'année écoulée, on pouvait me réduire mon nombre de jours de congés. Elle a tenté ainsi de me supprimer une semaine de congés fin août. C'était son cadeau d'adieu, elle partait à la retraite. Elle a invité tout le service à son pot de départ sauf moi (je n'y serais pas allée de toute façon), ainsi que deux autres collègues, des boulets pour elle, elles ont le malheur de ne pas avoir une bonne santé et d'avoir des arrêts maladie à saisir trop fréquemment. J'ai tenté de faire passer le message que nous étions évincées à cause de notre santé défaillante. J'ai remarqué l'indifférence totale des autres et leur promptitude à venir signer la carte pour la plus maternelle des secrétaires. Déjà que je manque trop, tire-au-flanc potentielle, en plus je dénigre notre formidable secrétaire qui se tue à la tache. Personne ne voyait de discrimination, et moi maintenant je la vois partout et ça me révolte quotidiennement.

Je me suis mise à ne plus supporter certains de mes collègues, heureusement minoritaires. C'est épidermique. Est-ce qu'ils ont changé seulement maintenant de comportement à mon égard ou est-ce que j'ai enfin ouvert les yeux et réalisé qu'ils étaient à vomir ? je ne sais pas mais je ne leur parle plus, le pire c'est que ce sont des anciens collègues, des vieux de la vieille comme moi avec qui j'ai eu blagué fut un temps. Je leur dis bonjour du bout des lèvres et pas un mot de plus. Je deviens aigrie, l'âge doit y être pour quelque chose, dans tous les cas, les désillusions sont nombreuses et me sautent à la figure.

Comme je suis encore trop naïve, devant cette insupportable réalité, je me suis dit qu'il était temps de partir vers de nouveaux horizons et de faire table rase, de repartir à zéro. Je me suis intéressée aux mutations. J'habite une grande ville, des postes sont offerts aux mutations dans les universités, les écoles publiques d'ingénieurs. Le problème est que ce processus n'est pas informatisé, en fait il faut postuler poste par poste et je me retrouve en concurrence avec des gens en bonne santé. Je n'ai aucune chance d'être choisie avec un temps partiel de droit et ma santé défaillante. Si je cache mon cancer, on me le reprochera ensuite, si je le dévoile, on ne me choisit pas. Pour les enseignants de mon ministère, ceux reconnus handicapés ont des points de majoration pour combler ce risque et deviennent prioritaires. Rien de prévu pour mon corps de métier. Il semblerait que je sois condamnée à rester dans mon service jusqu'à la retraite et à côtoyer certains perfides. Et puis nous fonctionnaires n'avons pas de médecine du travail. Nous devrions avoir une médecine de prévention mais nous n'avons plus de médecin et n'arrivons pas à recruter ou nous ne nous donnons pas les moyens avec le salaire dérisoire que nous leur proposons. Aucun conseil ou dossier ou quoi que ce soit à attendre de ce côté.
Je me méfie désormais de tout le monde dans mon univers professionnel, histoire de ne plus être prise au dépouvu comme en janvier dernier quand on a tenté de me mettre au placard. En même temps, nous sommes en pleine fusion avec deux autres académies, tout doit être réorganisé mais rien ne filtre pour qu'on se retrouve devant le fait accompli.

Déjà que mon regard sur les médecins en a pris un coup depuis qu'on m'a laissée en rade avec mon sein à moitié refait en plein changement de la réglementation des mutuelles qui n'avaient plus le droit de me rembourser.

Je vous recopie un extrait du serment médical que prêtent tous les nouveaux médecins :

"Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité.
J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.
Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire."

J'ai bien compris que ce serment n'avait pas la moindre valeur pour certains.
J'ai tenté d'assurer mes arrières pour les prochaines misères cancéreuses à venir. J'ai commencé à être suivie par une gynéco en hôpital public. Je suis la seule à vivre ce changement comme un immense bouleversement et encore une fois à prendre sur moi.
Mais suite à mon abandon par le chirurgien plasticien, j'ai traversé une mauvaise passe. Déjà que je n'acceptais pas mon corps. J'ai accusé les coups psychologiquement. Ça n'a vraiment pas été facile. En tant que patient, on a un lien de dépendance avec nos soignants.
Maintenant que la reconstruction est terminée, je me suis à nouveau acceptée physiquement et je vais mieux mais le mal est fait, je me méfie des médecins et je les vois sous un autre oeil, appâtés par le gain. J'ai conscience que je ne suis pas grand chose pour eux alors qu'ils sont tout pour moi. Je dois travailler ce sentiment de dépendance à leur égard. La vie à ce sujet m'a fait rire jaune, le fils de mon chirurgien est dans la classe de ma fille, je l'ai retrouvé à la réunion de rentrée. La vie est une grande farceuse.

Et puis même mon généraliste ne mesure pas les ravages sur ma vie quotidienne de cette cohabitation avec le cancer, il a fallu une fois de plus faire un dossier pour renouveler RQTH et tenter de récupérer les cartes de stationnement et de priorité. Il avait l'intention de cocher que je n'avais aucune incidence fonctionnelle, sociale etc... Je n'ai même pas eu à coeur de lui dire que même socialement, le cancer a des répercussions. Je dois gérer ma fatigue et je ne peux pas inviter comme j'aimerais en soirée ou accepter des invitations, je crains d'être trop fatiguée. A ce sujet même la maison du département n'avait plus de médecin, c'est beau la diminution des moyens aux services publics, et depuis qu'ils en ont récupéré un, ils rattrapent leur retard dans le traitement des dossiers, j'ai un avis favorable pour mes trois demandes. Il ne reste qu'à patienter pour recevoir les documents. Ceux qui étaient en attente de pension, n'ont eu qu'à prendre leur handicap en patience.

Côté famille, ils sont tellement habitués à la chronicité de mes traitements, que je me sens bien seule face aux bilans, aux effets secondaires, à la fatigue. Et puis ma mère et mon beau-père ont déménagé définitivement pour leur retraite, à Sète, fin octobre, un peu orpheline depuis.

J'ai plus que jamais le sentiment que cette vie avec le cancer est une succession de coups qui pleuvent et qu'on les encaisse dans la solitude.

Mes derniers bilans sont bons. Mais cette année 2018 a été marquée par de trop nombreuses copines de galère et un copain de galère qui s'en prennent plein le corps de ce cancer.

Didier, Natacha, Catherine, Béatrice, Martine, Floriane et maintenant Florence.

Deux d'entre elles ont dû recourir à des grilleurs de métastases cérébrales.
Deux patientes au long terme d'herceptine ont récidivé.
Isabelle après 8 ans d'herceptine sans récidive est repartie dans les chimios.
Florence me devançait avec 15 ans d'herceptine mais on vient de lui trouver des cellules cancéreuses dans le sein intact et il est Her2++ et hormono-dépendant, chirurgie, rayons, chimios. C'est arrivé juste quand elle attaquait un nouveau poste avec plein de responsabilités et qu'on lui avait enlevé le pac au bout de tant d'années comme elle reçoit désormais Herceptine en sous-cutanée. Je vous le dis, la vie est une grande farceuse.

Ce qui ne fait que confirmer ce que je sais déjà, le cancer n'en aura jamais fini avec moi. Il ne me laissera jamais tranquille longtemps. Ce ne sont que des pauses à savourer. Ai-je raison de vouloir batailler pour obtenir une mutation ? ai-je raison de m'obstiner à vouloir donner un sens à ma vie comme si elle pouvait suivre un fil normal ?
Je me suis aussi mise en tête de vouloir déménager, quitter mon appartement du centre-ville pour une maison. Est-ce raisonnable ? est-ce que je ne fuis pas la réalité ?

Et puis une autre idée me taraude. Ma fille aînée est en terminale. Elle rêve du GIGN, elle se voit dans une profession physique. Et moi je rumine. Et si elle a le cancer, comment pourra t-elle vivre avec un métier physique ? est-ce que j'ai le droit de lui briser ses rêves à cause de ma triste expérience ?
Alors je ne fais rien, je la pousse dans la concrétisation de ses rêves, je savoure ses illusions si rafraîchissantes à côté de mes désillusions de routarde du cancer et je me dis que je deviens une vieille mégère aigrie qui voit le mal partout, la faute au cancer, c'est certain. Il ne bousillera pas que mes projets de vie. Il m'aura à l'usure.

Qu'on ne vienne jamais me dire que le cancer est une chance. Je ne peux pas avaler cette couleuvre.

Désolée pour ce billet dépourvu de gaieté mais le cancer n'a rien de gai, de glorieux et encore moins de girly, le rose est beaucoup trop doux pour ce fléau.

C'était mon coup de gueule de fin d'année 2018 et ça me fait du bien. Vous êtes dans mes pensées quotidiennes mes soeurs de galère, je suivrais de toute façon votre chemin. Mais comme je le dis à mes filles, on meurt tous un jour, le tout est d'écrire des belles pages bien remplies dans le livre de notre vie quelle que soit l'épaisseur du livre. Dans tous les cas, le mien sera plein d'amour pour elles mais j'ai bien du mal à écrire mes pages en conservant la maîtrise de la direction que je veux donner à ma vie et ce n'est pas faute de batailler.

solitude


Commentaires

    Solitude partagée

    Je comprends ta solitude et ta colère que tu exprimes toujours aussi bien et je reconnais tellement mon quotidien... Malgré 2 métas cérébrales, je suis encore obligée de justifier mes absences. Cette maladie ne se voit pas pendant longtemps, alors comment faire comprendre ce que l'on vit sans passer pour une simulatrice? Et chercher un poste avec dans son dossier une longue liste d'arrêt maladie, c'est quasi mission impossible... C'est la double voire triple ou quadruple peine.. On me supprime également des jours de RTT proportionnellement à mes jours d'arrêt maladie, un jour de RTT en moins pour 13 jours d'arrêt maladie. Par contre si je suis arrêtée sur une période de congés RTT imposée par mon employeur, je ne récupère pas ces jours RTT.
    Je suis, de plus, vraiment désolée d'apprendre que Florence a récidivé. Est-ce qu'elle était toujours sous Herceptine? Ce sont les patientes au long cours comme elle et toi qui permettent aux nouvelles de garder espoir mais malheureusement, vous êtes aussi la preuve qu'on ne peut jamais être sereine.
    Moi je vais maintenant arrêter de travailler et demander sous peu un congés de longue maladie, même si je perds une grosse part de salaire (-40% pendant 3 ans, puis à nouveau divisé en deux). Ce que je vis est trop difficile pour que je puisse rester concentrée sur mon travail. Mais j'espère que ta situation va s'améliorer. tu es plus jeune que moi et tu as droit à une progression de carrière. Je t'embrasse.

    Posté par Béatrice, mardi 4 décembre 2018 à 21:17
    • Béatrice,
      Oui Florence était toujours sous herceptine, pour son oncologue c'est un
      nouveau cancer. En ce qui concerne tes jours en moins, tu parles de RTT,
      moi c'était mes jours de congés annuels qu'on a diminué à la demande de ma
      super secrétaire trop zélée à mon égard. Mes RTT ne sont calculés qu'en
      fonction de mes heures mensuelles. J'avais aussi fait la confusion quand
      j'avais reçu la super info officielle entre ARTT et RTT. Je suis devenue
      experte dans ce domaine aussi, en plus de dire à mon généraliste comment
      remplir le dossier de la RQTH.
      Ca n'a pas dû être facile de prendre la décision de t'arrêter de
      travailler, en même temps, je pense que tu n'as pas eu le choix, c'est le
      cancer qui te l'a imposée. Tu as eu le gamma knife et Floriane a eu le
      cyber knife, suivant les centres, pas le même équipement mais il fait le
      même boulot. Elle vient d'avoir sa 3ème et dernière séance pour griller sa
      métastase cérébrale.
      Cette vie de cancéreuse chronique n'use pas que physiquement, le psychisme
      en prend un sacré coup. On pourrait penser qu'on s'habitue avec le temps
      mais en fait non, jamais. Je pense bien à toi et prends soin de toi. Je te
      souhaite de joyeuses fêtes de fin d'année entourée par ceux qui te sont
      chers. Bises

      Posté par IsabelleDeLyon, mardi 4 décembre 2018 à 22:27
  • bravo ! je te comprends

    Comme je te comprends ! la lecture de ton papier m'a attristée pour toi, mais je ressens la même chose (envers les médecins avec qui je me suis battue) envers des amies qui m'ont laissée tomber; Je ne leur souhaite pas le meilleur crois moi ! quand à la famille j'ai juste peur de les ennuyer. Ils sont très présents mais un jour...on s'habitue à tout et après cette maladie ben elle rentre dans les moeurs on va dire, on vit avec, ça n'étonne plus, ça ne scandalise plus, bref il serait bon qu'on arrête d'en parler...Beaucoup de femmes du site des impatientes sont dans notre cas. Tout ce que j'espère pour toi c'est que tu t'en sortes...
    je me bats actuellement avec l'hormonothérapie que je ne suis pas certaine de continuer..mais bien sûr la peur de la récidive me taraude comme toutes l Les personnes de ton travail qui te font du mal, bon sang, donne leur les statistiques du cancer et dis leur qu'il n'y a aucune raison qu'elles y échappent hein ! quels cons !
    je suis de tout coeur avec toi
    gros bisous
    zazaglopy

    Posté par zazaglopy, mardi 4 décembre 2018 à 21:23
  • Bonjour Isabelle,
    Je me reconnais tellement dans tout ce que tu dis... je suis toi il y’a dix ans de cela... j’ai les mêmes caractéristiques de cancer sauf que j’ai évité les métastases de près ce qui veut dire qu’elles vont pas tarder à apparaître.. ne soyons pas naïfs... la peur l’angoisse et en prime l’arret des traitements qui nous laisse seules au monde. L’entourage reprend sa vie, et nous on continue de subir ce quotidien qui nous pèse... Le travail, doit on encore y aller ? On est tellement différent de tous, on vit dans un autre monde.. personne ne comprend et c’est normal car tant qu’on ne la pas vécu pourquoi essayer de le comprendre vraiment... tout ça n’est pas simple.
    J’aurais juste envie de te dire que quand j’ai étais diagnostiquée, tu es la seule personne (et j’ai énormément surfer sur le net) qui m’a redonné un peu d’espoirs... et j’en suis certaine à beaucoup d’autres également...je te suis depuis deux ans maintenant, et je voudrais te remercier d’avoir eu l’idee de créer ton blog et d’avoir parlé de ta maladie aussi ouvertement. Même si la maladie est, je suis d’accord, loin d’être une bénédiction, sois sûre que tu as été une aide précieuse pour de nombreuses personnes depuis 10 ans... merci à toi Isabelle pour ton exemple de force et courage et stp ne baisse jamais les bras...continue de montrer qui tu es...

    Posté par Arc-en-ciel, mardi 4 décembre 2018 à 21:50
  • Isabelle

    Je suis complètement d accord avec arc en ciel , a nous tu apportes tellement et avec élégance. 3 ans après le 1er, les métastases sont apparus en moi en juillet avec 3 foyers. Du coup, je réfléchis beaucoup à ma vie pro dans le milieu bancaire ou j avais un poste à responsabilité. Tu as tellement raison on ne peut pas avec toute la volonté minimiser notre Cancer et ses impacts. J envisage un déclassement car je ne veux pas me sentir en plus coupable car la nature humaine client et collègue reprendra le dessus je suis sure ... ça c est un choix de malade , non ?! 😢 Et oui , ce qui compte ce sont les réussites de nos filles suffisamment fortes pour les réaliser ❤️🤞. Bien à toi Isabelle la gniaque

    Posté par Sandrine, mercredi 5 décembre 2018 à 09:03
  • Encouragements et partage

    Merci beaucoup de ce partage tellement sincère. Le cancer est bien une aventure de vie et chacun.e la vit comme elle peut, avec ses ressources, ses atouts, ses manques et ses faiblesses. Ce que tu racontes (pardon pour le tutoiement mais nous sommes proches par la maladie), je crois que nous sommes nombreuses à l'avoir rencontré: nous sommes (avons été dans mon cas) ostracisées par la maladie. Alors oui, quand on est fonctionnaire on est réintégrées. Mais le monde du travail est devenu une jungle où chacun essaie de survivre, et où tous les coups sont permis. Les chefs se protègent tous et n'assurent plus du tout l'ordre et la justice. Voilà pourquoi la secrétaire s'autorise de tels abus de pouvoir. Les médecins eux aussi ont bien changé, et je les ai découverts, il y a 3 ans, à l'occasion de mon cancer: indifférents, attachés à prescrire ce qui va rapporter, essentiellement tournés vers la technique et pas vers la personne malade. Ils ne sont pas tous comme ça, mais sur le nombre que j'ai vus c'est bien la majorité. Alors? Je comprends et j'ai vécu moi aussi l'aigreur et les désillusions. Non, la maladie n'est pas une bénédiction mais ce n'est pas non plus un enfermement. C'est la rencontre avec nos propres forces et, hélas, avec la lâcheté et l'absence d'empathie des autres.En plus le cancer est une maladie au long cours (une longue et douloureuse maladie), donc ça empoisonne les autres qui n'ont pas envie d'entendre parler de ça tout le temps. Au travail, c'est ce qui est pire que tout. A moi on a refusé le télétravail pendant la chimio sous prétexte qu'il faudrait venir vérifier mon installation électrique. Ma cheffe m'a dit "qu'elle me ferait des problèmes" si je demandais du télétravail. Je ne demandais ça que pendant les 2 ou 3 jours après la chimio.
    Quant au lien de dépendance avec les médecins, perso, je l'ai vite compris qu'il me faudrait éviter ça à tout prix. Les malades sont prêts à tout accepter et dans les pires conditions pour rester en vie et j'ai vu des malades en fin de parcours supplier pour avoir encore de la chimio très forte alors qu'ils savaient bien que leur corps ne pouvait plus encaisser. Et les médecins, eux, n'avaient qu'un seul moyen de communication, je veux dire que le lien avec eux ne reposait que sur les "drogues". Dès qu'ils doivent laisser tomber les gestes (chirurgie ou radio) ou les médicaments, la personne ne les interesse plus et ils la confient à la psycho pour la compassion. On m'a même dit que si j'avais des "problèmes" (j'étais juste un peu inquiète) , je n'avais qu'"à me faire suivre"! Moi qui n'ai jamais eu besoin d'aller m'épancher dans le giron d'un psy, il aurait fallu que j'y aille alors que mon inquiétude devant le cancer me semblait très légitime!
    Au final, je vis avec un cancer métastasé (cad un cancer qui ne me quittera pas), avec ma famille (que je protège en me parlant pas trop de mes marqueurs), avec ma retraite (heureusement, après m'avoir mise dans un placard pendant 2 ans, je suis enfin débarrassée du travail) et avec de nouveaux amis, une nouvelle vie et surtout une nouvelle joie de vivre, moins innocente mais plus profonde et plus consciente de la fragilité des jours et du prix de chaque seconde. Merci Isabelle pour avoir osé partager , ce qui m'a permis d'en faire autant! Bravo pour ta force et ton endurance. Merci mille fois de ton émouvant témoignage

    Posté par CERISETTE, mercredi 5 décembre 2018 à 09:34
  • Bonjour Isabelle,
    Quoi dire aprés ton écriture, Béatrice et toutes les autres. Le cancer est la plus mauvaise chose qui soit......Il faut se soigner, mais toi tu le sais et toutes les autres. J'ai perdu ma soeur jumelle, mon beau-frère,mon gendre, un frère de cancer et puis mon père.....
    Tiens bon.......................
    Bonne journée.
    Bisous Issabelle.

    Posté par Mireille, mercredi 5 décembre 2018 à 09:53
  • J'ai appris en me renseignant pour postuler que avoir un cancer m'interdisait de postuler pour un certain nombre de postes...
    Je n'ai pas pu demander un prêt pour développer un projet de startup sur une innovation parce que le cout de l'assurance bancaire était gigantesque à cause du cancer. Ma famille m'a reproché le temps que ma propre mère a passé avec mes enfants quand j'avais le cancer. Des "amis" ont disparu de mon horizon...

    MAIS
    Des nouveaux Amis, des personnes que je ne connaissais pas au fond de leur âme sont apparus et se sont révélés des merveilles, j'ai renforcé ma détermination professionnelle, mon mari est toujours là et après avoir affronté l'ouragan ensemble nous sommes devenu un "vrai" couple fort, acceptant et aimant même les défauts et les faiblesses de chacun. J'ai accepté de voir les choses telles qu'elles sont et non telles qu'elles paraissent, j'ai enlevé le vernis social de bien des personnes et je reste entourée de belles personnes, belles en dedans.
    ET
    C'est vrai que je me sens plus fragile, c'est vrai que je sens chaque jour les séquelles physiques et psychologiques... Mais maintenant j'accepte cela aussi, le paradoxe c'est que cela me rend plus forte.

    Et puis quand ça ne va pas, je pense à notre amis commune, Nadège, débarquant dans ma chambre d'hôpital avec son bouquet de ballons gonflés à l'hélium et me donnant enfin LA "permission" dont j'avais tellement besoin, celle de craquer "bien" celle de pleurer, crier, rager en beauté à fond !
    Vas y Isabelle, hurle, tu en as le DROIT ! Tu l'as bien mérité ce droit !
    Bises
    Tili

    Posté par Tili, mercredi 5 décembre 2018 à 13:51

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