La Gniaque

Survivante d'un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006, en rémission jusqu'en 2015 avec des chimios à vie. Je cherche à transmettre de l'espoir à travers mon expérience. Cliquez sur l'image, à gauche.

lundi 19 avril 2010

"D'autres vies que la mienne" d'Emmanuel Carrère

Comme je l'écrivais à propos de "La vie sauve", j'ai lu de très nombreux témoignages de la traversée du cancer et même si certains m'ont émue, aucun ne m'avait fait pleurer comme "La vie sauve". Je l'ai lu en larmes. Non pas qu'il soit triste mais c'était mon histoire, mon ressenti et les mots me touchaient, ils ramenaient à la surface tous ces épisodes de ma vie, le plus souvent vécus douloureusement.

Et j'ai recommencé en lisant "D'autres vies que la mienne". J'étais bouleversée, je n'arrêtais pas de m'essuyer les yeux inondés de larmes.
J'ignorais que j'allais lire le parcours d'une femme comme moi, 33 ans, cancer du sein her2+++ métastasé aux poumons avec les mêmes chimios que moi au départ dont herceptine bien sûr mais elle n'a pas eu la chance de bien réagir. Le cancer l'a emportée en moins d'une année.
Je savais que ce livre était émouvant, il a eu le grand prix de l'émotion décerné par Marie-Claire. Je savais qu'il parlait de la vie, de la mort, du sens qu'on leur donne. Je savais qu'il allait me toucher mais je n'avais pas mesuré à quel point.
Ce livre est une histoire vraie, celle de la belle-sœur d'Emmanuel Carrère. Il commence par un court passage sur le tsunami en Asie, il était présent et a assisté à la tragédie d'une famille, leur petite fille avait été emportée par le raz de marée. A son retour, il est confronté à cette femme atteinte d'un cancer incurable.
A travers ces histoires, il nous livre des réflexions sur le sens de la vie. C'est magnifique, poignant. J'ai adoré et je vous le recommande vivement à condition d'avoir le moral au top et des kleenex à portée de main.

dautresviesquelamienne

La critique que j'ai préférée :
http://livres.fluctuat.net/emmanuel-carrere/livres/d-autres-vies-que-la-mienne/5429-chronique-Les-conditions-humaines.html

Quelques extraits :

"Philippe s'est avancé vers eux, il savait que c'était leurs dernières secondes de bonheur. Ils l'ont vu approcher, il est arrivé devant eux, couvert de boue et de sang, le visage décomposé, et à ce point du récit Philippe s'arrête. Il n'arrive pas à continuer. Sa bouche reste ouverte, mais il n'arrive pas à prononcer les trois mots qu'il a du prononcer à cet instant.
Delphine a hurlé, Jérôme non. Il a pris Delphine dans ses bras, il l'a serrée contre lui aussi fort qu'il pouvait tandis qu'elle hurlait, hurlait, hurlait, et à partir de cet instant il a mis en place le programme: je ne peux plus rien pour ma fille, alors je sauve ma femme."

"La veille encore ils étaient comme nous, nous étions comme eux, mais il leur est arrivé quelque chose qui ne nous est pas arrivé à nous et nous faisons maintenant partie de deux humanités séparées."

"Quand Amélie  lui a demandé : maman, est-ce que tu vas mourir ? elle a choisi d'être aussi franche que les médecins l'avaient été avec elle. Elle lui a dit : oui, tout le monde meurt un jour, même Clara, Diane et toi vous mourrez, mais dans très, très longtemps, et Papa aussi. Moi, je ne mourrai pas dans très longtemps, mais quand même dans un petit peu longtemps.
Dans combien de temps ?
Les docteurs ne savent pas, mais pas tout de suite. Alors il ne faut pas avoir peur."

"Il s'est de nouveau allongé près d'elle, mais cette fois plus confortablement, presque comme si ils étaient dans leur lit, à la maison. Elle respirait sans heurt, ne semblait plus souffrir. Elle dérivait dans un état crépusculaire qui à un moment allait devenir la mort, et il l'a accompagnée jusqu'à ce moment. Il s'est mis à lui parler à l'oreille, très bas, et en parlant à toucher doucement sa main, son visage, sa poitrine, de temps en temps à l'embrasser, du bout des lèvres. Tout en sachant que son cerveau n'était plus en mesure d'analyser les vibrations de sa voix ni le contact de sa peau, il était certain que sa chair les percevait encore, qu'elle entrait dans l'inconnu en se sentant enveloppée par quelque chose de familier et d'aimant. Il était là. Il lui a raconté leur vie et le bonheur qu'elle lui avait donné. Il lui a dit combien il avait aimé rire avec elle, parler de tout et n'importe quoi avec elle, et même se disputer avec elle. Il lui a promis qu'il allait continuer sans faiblir, bien s'occuper des petites, il ne fallait pas qu'elle s'inquiète. Il penserait à leur mettre leurs écharpes, elles ne prendraient pas froid. Il lui a chanté des chansons qu'elle aimait, décrit l'instant de la mort comme un grand flash, une vague de paix dont on n'a pas idée, un retour bienheureux à l'énergie commune. Un jour il connaîtrait cela, lui aussi, il la rejoindrait. Ces paroles lui venaient facilement, il les déroulait d'une voix basse, très calme, elles l'envoûtaient lui-même. C'est la vie qui fait mal en résistant, mais le tourment d'être vivant prenait fin. L'infirmière lui avait dit: les gens qui luttent meurent plus vite. Si cela durait si longtemps pensait-il, c'est peut-être parce qu'elle avait cessé de lutter. Que ce qui vivait encore en elle était tranquille, abandonné. Ne lutte plus mon amour, lâche, lâche, laisse-toi aller."


Commentaires

    OUI

    J'ai adoré ce roman, je vais le choisir en 2010-11 pour la bibli francophone tournante dont je fais partie.
    J'en avais parlé avec Mélilotus sur son blog, heureuse qu'il te plaise beaucoup à toi aussi.

    Je guette sa sortie en poche pour le relire bien sûr et pouvoir en parler en septembre lors de la présentation des livres entre copines lectrices!

    J'aime beaucoup ton dernier com sur l'envie de vivre et sur l'énergie à se battre, en particulier le début: oui, parfois les cellules malignes sont plus fortes que tout, il n'y a pas de bons ou de mauvais malades, que l'on s'en sorte ou pas ;-((

    Bises suisse

    Posté par Isasuisse, vendredi 23 avril 2010 à 23:20
  • Oui mais

    Bonsoir,
    Les romans d'E. Carrère ne sont pas mauvais, et particulièrement celui-ci mais il y a beaucoup mieux. Dans le genre mais en bien meilleur il faut que vous lisiez tous les romans d'Olivier Adam (je vais bien je t'en fais pas adapté au ciné par ex). Commencez par lire 'les vents contraires' d'Olivier Adam, sans aucun doute le plus grand écrivain français actuel. Après avoir découvert Olivier Adam, Carrère vous paraîtra bien fade.

    Cdlt, Cathy

    Posté par Cathy45, jeudi 10 novembre 2011 à 20:45

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