La Gniaque

Survivante d'un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006, en rémission jusqu'en 2015 avec des chimios à vie. Je cherche à transmettre de l'espoir à travers mon expérience. Cliquez sur l'image, à gauche.

jeudi 26 février 2009

Engagement financier et cancer

Depuis que mon état de santé est aussi normal qu'il peut l'être, que je me suis remise à faire des projets, il y a un nouvel aspect qui entre en considération pour toutes mes décisions : l'avenir.
S'il n'y avait plus mon salaire, est-ce que ça serait toujours réalisable ou comment mon trio pourrait supporter cette charge sans mes revenus?

Avant lorsque nous avions le projet d'acheter une voiture, notre appartement,  de réaliser des travaux importants, nous tenions compte de nos entrées et sorties d'argent et nous décidions si c'était envisageable ou pas, nous faisions un crédit si le montant était élevé et notre réflexion s'arrêtait là.
Heureusement notre appartement a été acheté avant mon cancer, nous l'avons assuré à 50% pour chacun de nous deux. Si je suis en incapacité de travail de plus de trois mois ou si je décède, l'assurance paye la moitié du crédit, mon mari n'a plus qu'une moitié à rembourser chaque mois et de le savoir me soulage immensément, ils auront un toit sur leur tête quoi qu'il m'arrive, ils pourront rester dans notre appartement.
Nous en discutons, nous sommes très terre à terre tous les deux et autant ne pas se voiler la face. En même temps, je pense que tous les couples devraient aborder ces sujets sans qu'une maladie pointe le bout de son nez. C'est extrêmement important de prévoir l'avenir de nos enfants si nous venions tous les deux à disparaitre ou seulement l'un de nous deux. Il devra déjà vivre la perte d'un être essentiel, accompagner ses enfants dans ce deuil, s'il doit en plus gérer des soucis financiers insurmontables à cause de dépenses inconsidérées basées sur un futur hypothétique, la charge sera décidément trop lourde.
Pour notre appartement, autant ne pas se presser à le rembourser trop vite par anticipation puisque je suis assurée pour moitié. Notre voiture est payée, ouf un autre soucis de moins mais il faudra bien la changer un jour.
Nous avons acheté un chalet à la montagne, mon cancer était déclaré, la banque a tenu compte de nos deux revenus mais j'ai bien précisé que seul mon mari aurait 100% d'assuré car à cause d'un problème de santé, les assurances ne voudraient pas m'assurer. C'est passé comme une lettre à la poste. On a eu notre crédit, on a eu notre chalet. Par contre nous en avons discuté, comment ferait-il pour payer les mensualités s'il n'y avait qu'un seul salaire?
Comme c'est un chalet à un quart d'heure des pistes, il peut le louer pendant les vacances à un loyer élevé qui couvrira plusieurs mensualités, au pire le louer à l'année tant qu'il a d'autres charges mais au bout de quelques années, il pourra à nouveau en profiter et s'il ne s'en sort pas, il peut le vendre. Ce n'était plus un problème, nous avions tout envisagé. Et depuis que nous l'avons, nous en profitons, nous y sommes tous les weekend, toutes les vacances scolaires, ce n'est que du bonheur pour nous quatre.
Une autre décision a tardé à être prise à cause de mon cancer : scolariser mes filles dans le privé.
Il y a une antenne relais sur le toit de l'école de mes filles, je ne le savais pas au moment de les scolariser, je n'ai appris l'existence de cette antenne qu'au début de l'année scolaire précédente. Depuis je me bats contre des moulins à vent, je sais que si on obtient gain de cause, mes filles en bénéficieront peu, ma fille ainée en est à sa 5ème d'année dans ce groupe scolaire, ça fait 5 ans qu'elle est baignée par les ondes. En même temps, en ville, les antennes sont partout, si elles ne sont pas sur le toit, elles ne sont jamais loin mais là quand même difficile de faire plus près!
La présence de cette antenne m'a donné envie de les mettre dans une autre école sans antenne, évidemment.
Et puis mon mari est bilingue de mère anglaise, l'anglais est très mal enseigné dans nos écoles publiques, les écoles bilingues étaient trop éloignées de mon domicile, trop compliqué à gérer au quotidien mais l'envie est toujours là.
Et puis tout le monde me parle de cette fameuse institution à Lyon qui a 100% de réussite au bac depuis des années, très sélective, presque tout le monde a une mention, plusieurs amis m'ont dit qu'il n'y avait pas mieux à Lyon, que c'était une grande chance pour les enfants d'y être scolarisés.
Je sais que c'est écarter les enfants d'une société riche d'une mixité sociale mais en même temps c'est leur permettre d'apprendre dans les meilleurs conditions sans parler de leur cercle de relations. Depuis que je prends des années, je me rends compte à quel point les relations sont importantes pour évoluer, pour contourner des difficultés diverses, trouver un stage pour son enfant. Je viens d'un milieu classe moyenne et je n'avais jamais pris conscience de ça avant d'habiter dans ma presqu'ile entourée de PDG, juge, maire, sénateur, député, avocat, beaucoup de gens à des postes à hautes responsabilités. je les vois manœuvrer et je suis toujours surprise par ce monde parallèle qui évolue beaucoup plus vite grâce à leur précieux cercle de relations qu'ils entretiennent tous avec amour, je comprends mieux maintenant seulement les associations d'anciens élèves, les francs-maçons, les cercles divers.
Aller dans cette institution permettrait à mes filles de ne côtoyer que du beau monde, ça ne pourrait que leur être profitable pour leur entrée dans la vie active et même pour les futurs petits copains qu'elles pourraient me ramener. Ça serait leur créer un premier cercle de relations.
Mon côté militante écolo, liberté, affirmation de soi, éducatrice respectueuse de mes enfants en prend un coup avec toutes ses considérations bassement matérielles. Mais je veux le meilleur pour mes filles, je pense que j'aurais aimé ça enfant. J'ai commencé ma scolarité par une école privée et j'ai eu un choc lors de mon déménagement dans une petite commune de Provence et mon entrée dans l'école publique. Je n'avais jamais entendu d'injures, jamais vu des enfants crachés par terre.
Cette institution apprend l'anglais dès la maternelle, école bilingue si l'enfant a le niveau dès le CM2, tout ça me fait rêver. Ma fille ainée fait de l'escrime tous les mardi soirs, il faut gérer cette activité dans le planning hebdomadaire, là c'est dispensé par la même association pendant la pause déjeuner, ma plus jeune fille adore chanter, je voulais l'inscrire à la chorale, c'est proposé pendant la pause déjeuner. Elles iront une heure par semaine à la piscine alors qu'actuellement, je suis obligée de prendre ma voiture tous les mercredi après-midi pour amener ma fille à son cours de natation. Avant le cancer de mon père, j'étais croyante, mon mari vient de l'Ile Maurice où la religion est omniprésente. Nous allions régulièrement à l'église. Depuis que la maladie a injustement touché ma famille, j'ai du mal à y voir clair, ma foi a été malmenée et je suis fâchée avec Dieu, il faudra que je fasse un post là-dessus mais j'avais pris l'engagement d'élever mes filles dans la religion catholique, mes valeurs n'ont pas changé, j'aime ma belle-mère et je sais à quel point c'est important pour elle que mes filles reçoivent une instruction religieuse, ne serait-ce que par respect pour elle, pour mon mari, je me dois de les mettre au catéchisme.  Mais la catéchisme, c'est le mercredi matin, encore une activité à caser dans notre planning hebdomadaire. Je ne travaille pas le mercredi, journée consacrée à mes chéries mais entre le caté et la piscine, il faut encore ajouter les lessives à faire tourner et les devoirs, il ne reste plus beaucoup de temps de relache. Dans cette école, le catéchisme est enseigné pendant les heures d'enseignement. 
Si on enlève de mon planning hebdomadaire, la piscine, le catéchisme, l'escrime, la chorale à venir de ma plus jeune puce, ça nous en fait du temps à nous.
Actuellement je paye une baby-sitter pour récupérer les filles deux soirs par semaine, je ne peux pas terminer tous les jours à 16H, et l'école publique n'offre pas de garderie le matin, je ne peux pas les déposer avant 8H20, ce qui me permettrait de commencer plus tôt mon travail et de le terminer plus tôt par la même occasion. Cette école accueille les enfants à partir de 8H, assure une garderie jusqu'à 17H15 suivie d'une étude jusqu'à 18H30. Je n'ai absolument pas l'intention de laisser mes filles jusqu'à une heure aussi tardive à l'école mais c'est une souplesse que j'apprécie énormément. Dans leurs écoles actuelles, si on laisse ses enfants à la garderie, on ne peut pas venir les récupérer à tout moment mais uniquement à l'heure de la fin de la garderie 17H45 même si on n'avait besoin que d'un quart d'heure de garde.
La seule concession que je demande à mes filles est de déjeuner tous les jours à la cantine contre seulement deux fois actuellement, elles n'auront pas le temps de faire les allers-retours avec une baby sitter.
J'ai eu quand même des scrupules en me disant que je cherchais à en faire des bêtes à concours alors que depuis toujours je leur dis que le plus important dans la vie c'est d'être épanouie, heureux, faire quelque chose qu'on aime et que là elles allaient très vite avoir une cadence de travail très lourde. Je me suis rassurée en pensant qu'elles auraient un plus large choix en faisant leur parcours scolaire dans cette institution.
Il me restait un dernier obstacle, l'argent.
Les trimestres sont chers, la cantine est chère, les sommes en jeu sont élevées. En travaillant tous les deux, on peut assumer cette charge mais on la sent passer. Je me demandais comment faire avec un seul salaire et je ne voyais pas de solution.
L'envie prenant le pas sur la raison, je me suis dit qu'après tout, on ne sait pas pour combien de temps j'en ai, on peut toujours espérer, au pire elles reviendront à l'école publique, une autre école publique, celle dont dépend mon domicile et où elles ne sont jamais allées grâce à des dérogations obtenues mais la cause était qu'il n'y avait pas de cour dans cette école, les enfants passent leur journée entière enfermés, ils passent leur récréation dans une salle fermée.
Je n'en ai pas parlé à mon chum, en ne voulant pas lui ajouter une angoisse supplémentaire, complètement idiot de ma part, mais je reculais le moment de les y inscrire, en me disant quand elle ira en CM2 (elle est en CE1), ça sera bien mais ça me faisait cogiter.
Et puis un évènement a accéléré la décision, ma fille ainée a une copine qui est aussi notre voisine et qui lui mène une vie infernale, elle est très déstabilisante pour ma fille, elle veut tout le temps l'inviter à dormir, à déjeuner, elle veut être avec ma fille en permanence, lui ramène des cadeaux des vacances, lui envoie toujours des cartes postales. Jusqu'au CP, ça se passait bien. Mais depuis un an, cette petite fille a affirmé davantage son caractère, elle est de plus en plus dominatrice, quand l'une de ses copines ne veut pas la suivre, elle la met à l'écart et monte les autres contre elle et les met de son côté. Quand ça tombe sur ma fille, elle en souffre beaucoup, elle va bien jouer avec d'autres enfants mais ça la perturbe. A la maison elle parle énormément de cette copine, c'est presque une fixation, pendant les vacances, elle faisait un blocage sur cette fille, sur ce qu'elle allait encore endurer comme mise à l'écart. J'ai essayé de démêler le problème mais hélas c'est son caractère de dominer les autres et impossible d'empêcher les autres de la suivre.
Je ressens la peine de ma fille, elle s'est mise à me demander à changer d'école.
En même temps je sais que ma fille est une très grande sensible, qu'elle capte toutes mes angoisses et comprend absolument tout. N'aurait-elle pas compris que j'avais envie de la changer d'école et que j'attends le moindre prétexte pour prendre ma décision au lieu de la repousser? Ca serait bien possible qu'elle me fournisse un alibi idéal. Elle m'aime tellement et veut tellement me faire plaisir. Mais je pense quand même par son comportement qu'elle souffre de cette situation. Elle a fait presque des crises de nerf avant que j'arrive à lui faire sortir la raison de son comportement, elle s'en prenait à nous, à tout le monde et en fait ça réflétait seulement un mal-être, sa relation avec cette copine.
Et effectivement, j'étais bien contente de pouvoir décider de les changer d'école pour cette raison en invoquant les autres, je sais que mon mari préfèrerait aussi qu'elles soient dans cette institution.
J'ai commencé le processus d'inscription et comme je n'en parlais pas, c'est mon chum qui s'est jeté à l'eau "Et comment je fais si je suis tout seul ?"
Je l'aime de poser cette question, j'aime son sens des responsabilités, je suis rassurée pour mes filles, pour leur avenir.
De toute façon, il n'existe que trois solutions :

  • soit il rencontre le directeur et demande une réduction des frais compte tenu de la situation particulière dans laquelle il se retrouvera. C'est un établissement catholique, je ne les vois pas mettre à la porte deux petites filles venant de perdre leur maman pour raison financière. Je suis sure qu'ils ont plein de donateurs.
  • soit ça arrive dans longtemps, nos charges auront diminué, appartement payé, salaire plus élevé et il y arrivera.
  • soit aucune solution financière envisageable, il les déscolarise et les remet en public, et d'ici-là j'espère que ce ne seront plus des écolières.

On en a parlé, un boulet de moins que je me trimbale toute seule. Et justement pendant que je tapais ce post, la directrice des écoles m'a rappelée sur mon portable pour me rencontrer la semaine prochaine en vue de l'inscription des filles dans son institution. Il y a plusieurs étapes, il ne suffit pas de payer, loin de là...

Alea Jacta Est... 
(pour les non latinistes : le sort en est jeté, ça doit être la seule phrase qu'il me reste de mes deux ans de latin!!!)


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