La Gniaque

Survivante d'un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006, je suis en rémission avec des chimios à vie. Je cherche à transmettre de l'espoir à travers mon expérience. Cliquez sur l'image, à gauche.

jeudi 22 juillet 2010

Perfusion à domicile avec ma plus jeune fille

Je suis à Lyon, en grande partie pour avoir ma perfusion entre deux épisodes de vacances. Je viens de recevoir ma dose d'herceptine comme d'habitude à une exception près. Je suis toujours seule avec l'infirmier ou l'infirmière suivant leur planning mais aujourd'hui, comme ça arrive le plus rarement possible, ma plus jeune fille E. était présente. Elle a 5 ans. La plus âgée est partie une semaine camper. Comme toujours E. n'a pas voulu en rater une miette et est restée à côté de moi. Les aiguilles, la vue de mon sang ne les effraient pas, elles sont malheureusement habituées.
E. a posé de nombreuses questions à l'infirmier, elle ne l'avait encore jamais vu, elle ne connaissait que sa collègue. Elle a demandé pourquoi on m'injectait ce produit alors qu'elle le sait parfaitement mais toujours ce besoin des enfants de réentendre les mêmes choses plusieurs fois et puis toujours la même question qui revient : "Est-ce que Maman a mal?". C'est quand même impressionnant de le voir m'enfoncer cette grosse aiguille dans mon pac. Comme je ne bronche pas, elle se doute bien de la réponse et heureusement que je n'ai pas mal. Mon patch Emla m'y aide mais même lorsque je l'oublie, ça arrive, je ne souffre pas, je sens juste une piqûre dont je me passerais.
Et là elle m'a posé une nouvelle question "Est-ce que j'aurais ça moi aussi lorsque je serai grande?"
J'ai eu un petit pincement au cœur en l'entendant. Je leur donne une piètre image d'une maman, sous traitement. Je sais bien que je n'ai pas le choix, que j'ai la chance d'être en vie, n'empêche que c'est ce modèle que je leur offre.
Je lui ai répondu que les autres mamans n'avaient pas besoin de ce médicament, que c'était parce que j'avais eu un très méchant cancer et que c'était pour éviter qu'il reparte dans mon corps.
Elle m'a dit que oui, elle savait que j'avais eu un cancer du sein.
J'ai dû précisé que ce n'était pas à cause du cancer du sein mais des autres petites boules qui avaient commencé à aller ailleurs dans mon corps que j'avais ce médicament.
Je suis revenue sur sa question et j'ai pris comme exemple ma sœur, pour insister sur le fait qu'elle n'avait pas ces perfusions et qu'elle non plus, ma petite E. n'aurait pas à vivre ça quand elle serait grande.
Je ne peux évidemment être certaine de rien mais je ne peux absolument pas envisager que l'une de mes filles puisse vivre les tourments par lesquels je suis passée.
Elle a semblé contente de ma réponse et rassurée.
Elle ne sera pas là pour les prochaines, peut-être l'été prochain.
En même temps je sais que c'est bien qu'elle voit ce qu'est une perfusion, ce qu'on me fait, ça dédramatise. Mais j'aimerais tellement être une maman normale, comme les autres, sans être associée à ces terribles mots qui sont "cancer, chimio, métastase".

Posté par IsabelleDeLyon à 18:16 - Cancer : mes proches - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

    Quand j'ai commencé à lire ton blog, après avoir passé des mois à faire la connaissance de Tili et après m'être rendue à son chevet, bien que ne doutant pas de ma compassion JKG s'interrogeait sur mes motivations car personne que j'aie connu personnellement n'avait été touché par cette maladie.
    Je l'ai invité à lire ton blog et il a compris que comme chez Tili j'étais surtout attirée par ton incroyable appétit pour la vie et ta combativité.
    Je lisais aujourd'hui un article de psychologie qui disait très bien l'importance d'apprendre à nos enfants à être heureux en leur donnant l'exemple (ce dont je suis convaincue depuis longtemps). Alors non, définitivement tu n'es pas une maman normale, tu es une maman aimante qui apprend le bonheur à ses enfants, qui sait profiter de chaque joie quotidienne et je crois qu'il y a un grand nombre d'enfants qui auraient aimé faire cet apprentissage même sur un nombre restreint d'années plutôt que de ne jamais connaître le bonheur avec une maman normalement dépressive et/ou malheureuse et/ou insatisfaite chronique.

    Toutes les mères du monde s'inquiètent pour l'avenir de leurs enfants, mais toutes les mères du monde ne leur apprennent pas aussi bien le courage et le bonheur !

    Bisous et bonnes vacances

    Posté par Névrosia, jeudi 22 juillet 2010 à 21:46
  • Merci Nevrosia, tu vas me faire pleurer....

    Posté par IsabelleDeLyon, vendredi 23 juillet 2010 à 15:11

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