La Gniaque

Survivante d'un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006, en rémission jusqu'en 2015 avec des chimios à vie. Je cherche à transmettre de l'espoir à travers mon expérience. Cliquez sur l'image, à gauche.

mardi 24 août 2010

Un crocodile pour faire fuir mon cancer

Il y a 4 ans, pendant que je passais ma dernière chimio, taxotère, ma fille aînée était en vacances. C'était le dernier jeudi du mois d'août. Nous séjournions alors chez des amis d'amis qui étaient partis en vacances et nous avaient prêtés très généreusement leur grande maison avec piscine pour trois semaines. Ce qui nous permettait à mes filles et moi de nous sentir en vacances et d'avoir moins l'impression d'être contributaires du cancer et de ses traitements. Mon mari travaillait, il nous rejoignait tous les soirs. Je devais aller toutes les semaines à l'hôpital recevoir soit herceptine seule, soit herceptine plus taxotère. Je n'avais aucune envie de rester enfermée avec mes deux filles dans notre appartement, accablée de fatigue et assommée par la chaleur aoutienne.
Cette maison était seulement à une demi-heure de l'hôpital. Je pouvais ainsi m'y rendre facilement toutes les semaines et le reste du temps, profiter du jardin, de la piscine et me reposer plus facilement. Mes filles avaient alors 4 ans et demi pour J. et 18 mois pour E. J'avais acheté plein de bricolages pour les occuper et puis cette maison était habitée par quatre enfants, chacun leur chambre. Vous imaginez bien qu'elle regorgeait de jouets super intéressants pour mes deux puces.
Ma mère et mon beau-père étaient venus ce jour-là me seconder. Ma mère avait joué au chauffeur de taxi et c'est la seule fois qu'elle m'a accompagnée et m'a tenu compagnie pendant une perfusion. Mon beau-père était resté pour garder mes filles.
Lorsque je suis revenue, ma fille J. avait pensé très fort à moi. Elle savait parfaitement que j'avais un cancer et ce qu'on me faisait dans cet hôpital. Elle avait réalisé un dessin, le plus beau qu'elle m'ait jamais offert. Du haut de ses 4 ans et demi, elle avait dessiné un énorme crocodile, très effrayant, avec une gueule immense dévorant une grosse boule. De sa queue, il fouettait l'air et envoyait valdinguer des petites boules.
Elle m'a expliqué ce que signifiait toutes ces boules. La grosse boule, c'était celle présente dans mon sein, ma tumeur principale mais elle ignorait ce terme. Le crocodile lui faisait son affaire. Les petites boules, c'était celles qui avaient commencé à apparaître ailleurs dans mon corps, les métastases mais ce mot n'était pas dans son vocabulaire. La queue du crocodile les chassait.
J'en ai eu les larmes aux yeux, elle avait pensé à mon cancer, à cette guerre que je menais pendant que je recevais goutte après goutte ce précieux liquide chargé de les détruire. Je l'ai serrée très très fort dans mes bras, tellement émue devant son amour et l'aide qu'elle aimerait tant m'apporter.

Lorsque j'ai été déclarée en rémission, elle m'a dit que c'était grâce à son crocodile. Je lui ai dit qu'il avait joué un grand rôle. Je ne lui ai pas menti. L'amour de mes filles qui ressortait à travers ce dessin m'a portée tout au long de mes traitements et me porte encore aujourd'hui. Ce dessin est encadré et accroché au mur, dans ma chambre. C'est un peu un fétiche, un porte bonheur, le symbole de ma rémission. Il a une valeur inestimable.

Quand nous étions allées peu à près la réalisation de ce dessin, voir ensemble, toutes les trois, la psy du centre anti-cancer de Lyon, en assistant à un groupe de parole. Pendant les échanges, les enfants étaient assis à une table avec des crayons, des feutres, des feuilles et les parents ainsi que la psy et la cancéro étaient assis autour en ronde sur des chaises. Ma fille a reproduit ce dessin. A la fin lorsque la psy a récupéré les dessins avec l'accord des enfants, elle a demandé à chacun d'expliquer son dessin. Ma fille lui a donné les mêmes explications qu'à moi.
Nous y sommes retournées en mai dernier. Ma fille avait très peur de la mort et j'ai préféré qu'elle rencontre à nouveau cette psy et qu'elle voit si c'était lié à sa construction à 8 ans ou si c'était mon cancer qui en était la cause. La psy se souvenait parfaitement d'elle et de son dessin. Elle l'utilise, il illustre la page de couverture d'une présentation des groupes de paroles qu'elle fait un peu partout. Elle avait été impressionnée par cette gniaque qui habitait ma fille. Il n'y a pas de doute, c'est bien ma fille et j'en suis extrêmement fière.
Je vous mets ce dessin, soyez indulgent, elle avait fait de son mieux avec son jeune âge. Les petites tâches près du ciel n'ont pas été dessinées, ce sont des gouttes d'eau tombées par inadvertance qui ont taché le dessin et ont viré au brun avec le temps.

crocoJ

Posté par IsabelleDeLyon à 14:30 - Cancer : mes proches - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

    superbe

    Que cette histoire est belle.. j'en ai les larmes aux yeux.. que amour dans ces échanges! je comprends que ce dessin trone dans votre chambre..et que la psy l'ait gardé .. c'est le symbole de l'amour victorieux ! ce crocodile.. il me fait penser à l'inconscient ,non ? Longue vie et prospérité à toutes les 3. Bien à vous. Marielea

    Posté par MARIELEA, mardi 24 août 2010 à 15:09
  • Il est magnifique ce dessin. Je comprends qu'il ait tant de valeur, c'est un concentré d'amour et de force que votre fille vous a donné avec ce crocodile. Bravo J., ta maman a de quoi être fière de toi...

    Posté par Moo, mardi 2 novembre 2010 à 22:18
  • Le crocodile du courage

    Ma douce soeur de blogue, ce dessin contient tout l'amour du monde, merci de le partager. Il t'a aidée et continue de le faire, mais il l'a aidée aussi à affronter ses peurs, preuve qu'elle possède le talent de se rassurer elle-même, qui lui servira toute sa vie. Tu as raison d'être fiëre car la pomme n'est pas tombée loin de l'arbre, comme on dit ici...

    Posté par Princesserebelle, vendredi 28 octobre 2016 à 15:35

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